La Suède, le pays où il fait bon être un animal

animal-rights-1721908__480Alors que la Suède apparaissait déjà comme un pays précurseur depuis une loi de 1988 sur la protection des animaux (djurskyddslag), le gouvernement de Stefan Löfven a décidé d’aller encore plus loin… Présenté le 11 janvier 2018, le nouveau projet de loi vise l’ensemble de ceux-ci, qu’ils soient domestiques ou sauvages, et en propose une approche holistique tout en veillant à respecter les intérêts de la filière agricole.

La suite d’une longue tradition… et une perception suédoise du « bien-être » des animaux

La Suède a une longue tradition de défense des animaux puisque l’organisation Djurens Rätt (organisation pour le droit des animaux, l’homologue de la SPA) a été créée dès 1882 pour dénoncer au départ le traitement des animaux de laboratoire. Une première loi a ensuite été votée en 1937 encadrant les conditions d’abattage des animaux domestiques, puis une seconde plus générale en 1944 sur la protection des animaux. Plus tard, ce fut la romancière Astrid Lindgren qui en 1985 dénonçant dans des articles le traitement réservé aux animaux domestiques, lança une campagne contre l’élevage industrielle qui aboutira à la loi de 1988, surnommée d’ailleurs « loi Lindgren ». A cette occasion, le ministre suédois de l’Agriculture avait rappelé que « la Suède travaillait depuis longtemps en faveur du bien-être animal et que son ambition était de continuer à être pionnier dans ce domaine. »

La nouveauté de l’approche suédoise réside justement dans cette notion du « bien-être animal » qui concerne l’ensemble des animaux, qu’ils soient des animaux de ferme, des animaux de compagnie, des animaux de laboratoire ou des animaux sauvages en captivité. » Par « bien-être », il faut entendre que « tous les animaux se sentent bien, soient en bonne santé et capables de se comporter naturellement. » Et pour cela, il faut que leur environnement leur soit le plus favorable possible…

Par la suite, le ministère de l’agriculture publiera en 2008 un guide sur la manière dont les propriétaires de chats et de chiens devaient les traiter. En effet, si la loi de 1988 donnait des précisions quant au bétail ou aux animaux en cage, rien n’était clair pour ces derniers… Le guide donnait notamment des indications sur le rythme des repas, la taille du logement ou la qualité de l’air, l’objectif étant toujours de s’assurer que les chiens et les chats avaient la possibilité de « se sentir bien et de se comporter de manière naturelle ».

Une modernisation de la loi avait ensuite été discutée en 2011 mais sans résultat.

Un « bien-être » qui concerne l’ensemble des animaux et qui s’impose aux êtres humains :

«La grande nouvelle, c’est que nous avons une législation qui date de presque 30 ans et que maintenant, nous adoptons une approche holistique. Nous modernisons la loi et nous prenons d’autres mesures pour améliorer le bien-être des animaux » s’est félicité Sven-Erik Bucht, le ministre des affaires rurales en présentant les nouvelles dispositions qui s’appliqueront aux animaux gardés par des êtres humains (sauf les animaux de laboratoire), aux animaux domestiques abandonnés et aux animaux domestiques devenus sauvages.

Ce projet de loi, attendu depuis longtemps, est donc accueilli avec satisfaction même si certains regrettent qu’il n’aille pas plus loin alors que la perception de la manière dont il faut élever les animaux a encore considérablement évolué depuis 1988.

« Nous sommes heureux que le gouvernement ait gardé plusieurs de nos points de vue et nous saluons les progrès positifs, car le gouvernement estime que la situation des animaux doit être améliorée, qu’il est clair que les animaux ne peuvent pas être abandonnés et que les éléphants et les otaries doivent être interdits. Il est également positif que la nouvelle loi sur le bien-être animal attache une grande importance au comportement naturel des animaux », a ainsi déclaré Camilla Björkbom, présidente de l’association Djuren Rätt.

Quatre objectifs bien déterminés :

Le projet de loi prévoit ainsi que tous les animaux élevés en Suède par des êtres humains sont couverts par la djurskyddslag et doivent bénéficier de soins préventifs venant des éleveurs, des vétérinaires et des propriétaires. Mais le gouvernement propose également que le personnel de la santé et des services sociaux soit en mesure de signaler aux autorités de protection des animaux et à la police les problèmes de bien-être animal qu’il peut rencontrer y compris chez les personnes privées. Il prévoit également de nommer une commission chargée de prévoir des sanctions appropriées et proportionnées suite aux éventuels crimes perpétrés contre les animaux.

Au-delà, la loi vise spécifiquement quatre objectifs :

Interdire l’abandon des chats et autres animaux domestiques

Selon une étude de 2011, il s’avérait que la Suède comptait près de 100 000 chats errants et que les centres d’accueil en herbergeaient 7 600. Or, ces chats posent problème car ils propagent des maladies et ont un impact sur l’écosystème en s’attaquant aux oiseaux et aux reptiles. Au vu de la loi, les particuliers ou à défaut les pouvoirs publics doivent donc assurer leur bien-être et les protèger. Mais cette loi va aussi plus loin en interdisant l’abandon des chats par leur propriétaire, sachant que les associations de protection ont regretté que le projet de loi n’impose pas l’enregistrement des propriétaires de chats et le marquage des chats errants…

Améliorer le bien-être des animaux d’élevage tout en maintenant la compétitivité du secteur

Le premier axe de la loi est donc de veiller à ce que les animaux puissent se comporter « naturellement », c’est à dire que les animaux soient mis dans des conditions favorables physiquement et mentalement leur permettant d’adopter le comportement auquel on s’attend de leur part et à prévenir les troubles du comportement… Le projet de loi précise que les animaux d’élevage doivent donc disposer de l‘espace vital dont ils ont besoin : des prés assez vastes pour les vaches, des litières assez grandes pour les cochons…

Il veut également protéger les animaux de compétition ou d’entraînement en interdisant tout test et dopage et l’utilisation de tout matériel susceptible de provoquer des souffrances.

Il limite également à huit heures la durée du transport des animaux à l’abattoire (la limite européenne étant fixée à 14 heures, voir 28 heures lorsqu’une heure de repos est prévue avec approvisionnement en eau).

Mais Sven-Erik Butch l’a martelé : la nouvelle loi veille à prendre des mesures qui ne nuisent pas à la compétitivité des agriculteurs suédois ni aux efforts pour augmenter la production alimentaire ! Cette loi semble donc mesurée puisqu’en réalité par exemple, les animaux bénéficient déjà de plus d’espace que dans les autres pays de l’Union Européenne. Par ailleurs, comme la Suède impose l’étourdissement de l’animal avant son abattage et refuse toute exception, notamment religieux, le projet de loi ne fait que réaffirmer l’interdiction de l’importation d’animaux tués sans le respect de cette condition.

Interdire les éléphants et les otaries dans les cirques

Plusieurs animaux sauvages étaient déjà interdits dans les cirques comme les rhinocéros, les singes ou les girafes mais depuis 2015, une campagne très forte nommée #IntePåCirkus (pas au cirque) avait été lancée par l’organisation Djurens Rätts qui se basait sur un rapport d’enquête de 2011 venant notamment du syndicat des vétérinaires (Sveriges Veterinärförbunds). Celui-ci avait évalué que les cirques ne réunissaient pas les conditions permettant aux éléphants et aux otaries de se comporter « naturellement ». Le gouvernement partageant cette analyse, rajoute donc ces deux animaux à la liste déjà longue des animaux interdits dans les cirques.

Diminuer le nombre des élevages des animaux à fourrure (vison)

L’amélioration des conditions d’élevage des animaux à fourrure était également une question prioritaire pour le gouvernement. Or, comme plusieurs études et rapports ont montré que notamment le vison ne disposait pas d’un environnement lui permettant d’adopter un comportement naturel, le gouvernement a décidé de charger le département de l’agriculture de mener une enquête complémentaire sur les conditions d’élevage des visons, de proposer des mesures d’amélioration si nécessaires et d’examiner l’éventualité de diminuer le nombre des élevages d’animaux à fourrure.

Cette dernière position satisfait également Djuren Rätt puisque Camilla Björkbom a déclaré : « Nous souhaitions une interdiction de l’élevage d’animaux à fourrure en Suède au lieu d’une enquête, mais nous attendons avec impatience de voir les résultats. »

Le projet de loi devrait entrer en vigueur le 1er Avril 2019

Djuren Rätt considère de son côté, qu’il reste beaucoup à faire.

 

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