Suède : le syndicat Unionen lance une campagne contre le « mansplaining »

 

comics-1300315_640Connaissez vous le « mansplaining » ?

Formé par les mots anglais « man » et « explaining », cette notion apparue en 2008 dans un article écrit par Rebecca Solnits intitulé « les hommes m’expliquent des choses » (« men explain things to me ») et publié dans le New-York Time est le sujet de la dernière campagne de sensibilisation du syndicat Unionen (syndicat des salariés du privé, 600 000 adhérents). Elle signifie qu’un homme explique quelque chose à quelqu’un, le plus souvent une femme, avec un ton supérieur ou condescendant sur le thème « moi, je sais et toi, non » alors que son interlocuteur en sait plus que lui sur le sujet. Le syndicat  considère le « manspläning » comme une facette d’un phénomène qu’il dénonce depuis 2013 et qu’il nomme les « techniques de domination » (räkarteknik). Ces « räkarteknik » recouvrent de multiples attitudes : un collègue regarde sa montre alors qu’un autre est en plein présentation, un « ancien » explique à un travailleur plus récent que c’est évident qu’il ne connaît pas les usages et habitudes puisqu’il est là depuis trop peu de temps, un homme félicite une femme d’avoir réussi à exécuter des tâches simples. Bien sur, les femmes seraient plus sensibles que les hommes à ces comportements et peut être plus susceptibles de réagir à des attitudes qui les renvoient à des images stéréotypées.

La position du syndicat Unionen :

Unionen compare toutes ces attitudes ou remarques au mobbning de la cour de récréation sauf que cette fois-ci, il s’agit du lieu de travail. Le syndicat a donc décidé de lancer une campagne visant à supprimer le « mansplaining » au travail ou au moins, à provoquer la discussion à ce sujet. « En attirant l’attention sur le « mansplaining » nous espérons susciter la curiosité et développer l’intérêt à discuter de l’égalité des sexes et de la discrimination », explique Marina Åman, vice-présidente adjoint du syndicat. « Nous pensons que notre situation « d’urgence » peut contribuer à une discussion, une plus grande prise de conscience et un changement vers des lieux de travail plus inclusifs ».

Selon une étude de 2015, 20% des femmes ont déclaré avoir été victimes de discrimination sexuelle et/ou de harcèlement au travail. Cette campagne est donc destinée à expliquer ce qu’est le « mansplaining » pour mieux le dénoncer à l’aide de dessins animés, d’un site Facebook et d’une ligne téléphonique ouverte à ceux qui veulent partager leur expérience ou poser des questions sur la manière de réagir. « Certains peuvent vouloir partager quelque chose qu’ils ont vécu et se demander comment il auraient pu agir et obtenir des conseils rhétoriques » explique Nina Kullberg, responsable de la communication. A l’autre bout du fil, des experts ou des coachs sont à l’écoute comme la comique Zinat Pirzadeh, l’écrivain Manne Forssberg, la consultante en réthorique Elaine Eksvär ou l’expert en égalité Peter Tai Christensen. « Nous les avons choisi en fonction de leur profil. Ils ne vont pas forcément répondre par rapport à notre position syndicale sur le sujet mais plus par rapport à leur propre ressenti » explique Nina Kullberg.

Des réactions virulentes :

Mais attention : même si la campagne est particulièrement adressée aux femmes, le syndicat note que malgré son nom, le « mansplaining » n’est pas uniquement le fait des hommes même s’ils affichent une confiance en eux généralement supérieure à celle des femmes. De nombreuses femmes utilisent également cette technique pour asseoir leur autorité ou leur différence, y compris vis-à-vis d’autres femmes !

C’est sans doute la raison pour laquelle cette initiative suscite des remous et de fortes réactions sur les réseaux sociaux, certains membres masculins du syndicat menaçant même de résilier leur adhésion au motif qu’il s’agit d’une campagne sexiste et non de défense des égalité…

Officiellement, le syndicat s’en félicite, l’objectif premier n’étant-il pas de poser la question et de susciter les débats ?

D’ailleurs, le syndicat ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin et envisage d’organiser des périodes de formation rhétorique sur le sujet au printemps.

Virginie Hours, 2016

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