Estonie : Vers la recherche d’un nouveau modèle économique

TallinnLa décision annoncée le 12 février 2016 par la société finlandaise PKC Eesti de délocaliser une grande partie de ses activités hors d’Estonie force le gouvernement et le patronat à prendre conscience d’une tendance latente : le pays ne peut plus se positionner comme un pays à bas coût qui attire les investisseurs sur ce seul critère. Il doit repenser son modèle économique tout en faisant face à une pénurie générale de main d’œuvre.

Le départ du groupe Finlandais PKC : le révélateur d’un changement de modèle

L’annonce du groupe finlandais PKC (production de systèmes de câbles et d’électronique pour l’automobile) de fermer ses usines de Kellia dans la banlieue de Tallin et de licencier en mars environ 600 personnes a eu un fort impact dans l’opinion estonienne car elle a forcé les acteurs économiques et le gouvernement à prendre conscience qu’un nouveau modèle était à créer. En effet jusqu’à présent, les pays baltes anciennement perçus comme les “tigres baltes”, devaient leur développement économique au niveau peu élevé de leurs salaires marié à un bon niveau d’éducation qui attirait les investisseurs. Mais cette période est révolue pour l’Estonie qui se démarque de la Lituanie et de la Lettonie par une augmentation régulière de ses rémunérations qui se rapprochent du niveau des autres pays européens. C’est pourquoi Merle Montgomery, membre du conseil de direction de PKC Eesti, a expliqué que la décision était motivée par la nécessité de rester compétitif ce qui les obligeait à s’installer dans des pays où les coûts de production étaient plus faibles et le marché du travail plus flexible. En 2012 déjà, PKC avait annoncé des pertes et les justifiait par la pression existant sur les salaires et le coût de l’énergie.

En conséquence, le gouvernement a reconnu que l’Estonie ne pouvait pas être un pays “au travail low cost et au salaire élevé” puisqu’il avait comme objectif déclaré d’atteindre le niveau de salaire de ses voisins scandinaves… ainsi que leur niveau de vie. Selon Mihkel Nestor, analyste économique, les salaires ont augmenté depuis 2013 d’un tiers rendant les coûts de production désormais trop élevés pour les branches les plus simples des manufactures. En 2015, le salaire minimum est passé de 390 à 430 euros. “Nous devons maintenir la pression sur les salaires » a déclaré Peep Peterson, le président de l’Association des Syndicats d’Estonie (EAKL/Eesti Ametiühingute Keskliit). Le salaire minimum représente encore 41% du salaire moyen en Estonie. Les salaires en Lituanie sont inférieurs de 25% et la différence avec la Russie serait encore plus forte.

Vers quel modèle ?

La confédération des employeurs d’Estonie (ETKL/Eesti Tööandjate Kesliit) s’alarme : “notre important coût du travail, notre énergie chère ainsi que des obligations administratives en augmentation ont un impact sur le potentiel compétitif de notre industrie locale” explique le président de la confédération Toomas Tamesar. Selon lui, une étude récente montrerait qu’une entreprise sur 10 prévoit de diminuer le montant de ses investissements dans les 6 prochains mois. La confédération patronale souhaite que le gouvernement prenne des mesures pour renforcer la compétitivité de l’industrie estonienne car près de 20% de la population travaille dans ce secteur.

Mais pour le gouvernement, la solution est ailleurs car selon lui, l’Estonie doit se positionner sur un autre créneau : la production de produits à haute valeur ajoutée. A l’exemple de Skype et Playtech qui furent conçus en Estonie, il s’agit de développer des compétences hautement qualifiées mais également d’aider les start-up à rester dans le pays.

La problématique de la main d’œuvre

Mais où trouver la main d’œuvre spécialisée alors qu’une grande partie de la population, diplômée ou non, a quitté l’Estonie et que le pays se trouve face à une pénurie de main d’œuvre à tous les échelons ? Comment attirer ces travailleurs alors que l’Estonie se trouve donc en compétition frontale avec la Suède sur ce créneau des diplômés en informatique par exemple ? C’est ainsi que les deux pays cherchent à attirer notamment des finlandais.

Cette problématique est à rapprocher de celle de la compagnie russe IT Acronis (moteur de protection de données) qui, après avoir annoncé qu’elle installait son nouveau centre de développement en Estonie en 2014, vient de décider de l’établir finalement à Singapour. La direction a justifié cette défection par les contrôles de frontière trop longues entre la Russie et l’Estonie, la difficulté de trouver des salariés qui accepteraient d’être relocalisés en Estonie mais également le manque local de spécialistes.

L’Estonie a donc besoin d’ingénieurs, de programmeurs et d’autres experts informatiques expérimentés. Sur le portail européen Eures, il est intéressant de noter que la plupart des manifestations pour recruter sont organisées par l’Estonie.

Le premier ministre Taavi Roivas a également déclaré qu’il était aussi de la responsabilité des travailleurs de se former pour être compétitifs.
De son côté, la confédération patronale a fait des propositions auprès du gouvernement pour modifier la législation sur les étrangers afin de faciliter leur venue :

• Augmenter considérablement le quota d’immigrants ;
• Faciliter l’emploi des étudiants étrangers par les entreprises estoniennes à la fin de leurs études ;
• Dans les régions où il y a une grande pénurie de main d‘œuvre, supprimer l’obligation de payer un salaire dont le montant est au moins égal au salaire annuel moyen mensuel brut en Estonie ;
• Assouplir les exigences en matière de connaissance de la langue estonienne alors que certains secteurs ou métiers n’en ont pas besoin ;
• Focaliser davantage son attention sur les moyens de faciliter l’intégration des immigrés et de leur famille (école, démarches, etc).

En conclusion, le premier ministre Taavi Roivas s’est déclaré confiant dans le potentiel de l’Estonie puisqu’il considère que « les fondamentaux macroéconomiques de l’Estonie sont solides, les finances de l’État sont en ordre, le climat des affaires est un des plus compétitifs d’Europe et les charges qui pèsent sur les entreprises sont plus faibles que partout ailleurs. » Le pays serait donc bien positionné dans le benchmark international.

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