Suède: Le syndicat Kommunal dans la tourmente après les révélations du quotidien aftonbladet – ou les relations parfois troubles des syndicats avec le pouvoir

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Un article de Virginie Hours

« Encore un » pourrions-nous écrire. Dans le pays de la probité, voici un nouveau scandale syndical. Révélée par le quotidien Aftonbladet, la gestion curieuse des biens du syndicat Kommunal (syndicat des salariés des communes), des largesses accordées aux membres du bureau et surtout, la location d’un appartement à une ministre sans lien avec lui font l’effet d’une bombe. Les conséquences ne se font pas attendre : les adhérents demandent la démission de leur présidente et les autres syndicats veulent éviter l’amalgame, à la veille des négociations des prochaines conventions collectives. Même le gouvernement se sent attaqué par ricochet. Ce n’est ni la première, ni la dernière fois…

Crise immobilière et crise syndicale

C’est un véritable pavé dans la mare qu’a lancé le journal Aftonbladet dans son édition du 13 Janvier 2016. En effet, sous le titre provocant, « Ils prennent l’argent des membres et l’investissent dans le porno et les restaurants de luxe », le quotidien dénonçait, non seulement l’organisation de soirée pornographiques ou trop arrosées (par exemple, une dépense de près de 100 000 couronnes (10 693,09 euros) en alcool en décembre 2014) dans des établissements appartenant au syndicat, l’investissement dans un restaurant de luxe de Stockholm ou des voyages dispendieux payés à des membres du bureau, mais surtout la location à un prix avantageux à la ministre des affaires étrangères, Margot Wallström, d’un logement dans le centre de Stockholm appartenant à Kommunal. IL s’agirait d’un 90 mètres carrés meublés, dans le centre de Stockholm, pour un loyer de 12 432 couronnes par mois (1 329,3 euros). En effet, les syndicats Byggnads (syndicat des salariés de la construction) et Kommunal possèdent conjointement une société immobilières nommée Postjärnan qui gèrent environ 160 appartements. Kommunal en loue parfois à certains de ses membres, lorsqu’ils viennent d’être mutés par exemple sur la capitale, ou pendant la durée de leur mandat. La présidente actuelle Annelie Nordström en occupe actuellement un à ce titre.

Deux critiques apparaissent :

  • selon des spécialistes, les accords entre les sociétés de gestion immobilière et la municipalité de Stockholm précisent que la moitié au moins des appartements doit être attribuée selon les listes d’attente de la ville. Or, il s‘avère qu’aucun appartement n’aurait été attribué depuis environ 16 ans. En revanche, plusieurs membres de la direction de LO en bénéficieraient. C’est le cas de Per-Olof Sjöö, président du syndicat GS (facket för skogs-, trä- och grafisk bransch/syndicat de la branche graphique, des forêts et du bois) qui devra quitter l’appartement qu’il loue actuellement dès que son mandat sera terminé.
  • aucune raison ne justifierait la location d’un appartement à la ministre des affaires étrangères qui n’occupe (et n’a jamais occupé) aucun poste à responsabilité dans le syndicat.

Le sujet du logement est délicat car dans un contexte de pénuries immobilières, il est fréquent que les suédois soient obligés de s’inscrire sur une liste d’attente et ne puissent obtenir un appartement qu’après un délai de 8 ans. Et la question de savoir si la ministre avait conscience de prendre la place de quelqu’un d’autres, est cruciale car les suédois détestent les passe-droits.

Depuis le début de l’affaire, celle-ci répète qu’elle ne « savait pas » et accuse la présidente de Kommunal de lui avoir menti. Mais il apparaît qu’elle avait déjà profité d’un tel arrangement de la part du syndicat Byggnads lorsqu’elle occupait le poste de ministre de la jeunesse, de l’église et des consommateurs en 1988, ce qui lui avait déjà été reproché à l’époque.

Un syndicat en pleine tourmente

Ce n’est pas la première fois que kommunal se trouve ainsi dans la tourmente pour une affaire immobilière. En 2010, Aftonbladet (déjà) révélait que Wanja Lundby-Wedin (présidente de LO/ confédération des travailleurs suédois entre 2000 et 2012) avait également pu occuper pendant plus de 6 ans un appartement situé dans le centre de Stockholm et appartenant à Kommunal. Puis en 2004, elle avait échangé cet appartement contre un autre appartenant au syndicat Byggnads. Il y a une douzaine d’années, le bruit courait également parmi les membres de Kommunal que plusieurs hauts placés avaient obtenu des logements pour leurs enfants grâce à la société immobilière…

Trop, c’est trop ? Depuis ces nouvelles révélations, de nombreuses voix demandent la démission de la présidente Anneli Nordström, jugeant que le départ d’Anders Bergström, trésorier et vice-président, mis en cause sur les voyages, et Raffaele di Siliens, directeur de la société gérant le patrimoine immobilier du syndicat, sont insuffisants. La grogne monte parmi les adhérents et près de 10 000 membres (sur 500 000) ont déjà résilié leur adhésion. D’autres menacent, « nous restons si elle s’en va ».

Le risque est financier : au regard de la cotisation mensuelle d’environ 332 sek (35,5 euros) par mois, Kommunal, avec le départ des 10 000 adhérents, risque de perdre une enveloppe de près de 32 millions de sek (3,4 millions d’euros). C’est donc la gestion globale du syndicat qui est remise en cause.

Anneli Nordström a donc annoncé qu’elle quitterait ses fonctions après les négociations collectives et le congrès qui aura lieu le mois de Mai. Selon certains, elle aura ainsi acquis l’ancienneté nécessaire pour bénéficier d’un parachute financier très favorable…

C’est pourquoi, le 20 janvier 2016, le syndicat a publié une liste des mesures à prendre à l’avenir, notamment un changement des politiques de gestion en matière d’alcool, de voyages, d’appartements, de frais de représentation et de cadeaux, ainsi qu’un meilleur contrôle des dépenses de ses membres et plus de révision interne et de contrôle. Il s’agit également de changer le conseil d’administration de leur société de gestion Lyran, de corriger les lacunes existant dans le fonctionnement du syndicat, notamment dans ses relations avec la presse ; et modifier également la culture du syndicat pour que les membres de la direction aient un comportement exemplaire et que l’organisation même du syndicat soit plus démocratique.

Anneli Nordström avait notamment « expliqué » sa conduite par l’ambiance très machiste qui régnait au sein de la direction et qui l’aurait influencé !

La peur de la contagion

LO, confédération à laquelle appartient Kommunal, est soucieuse car elle venait d’enregistrer une augmentation de ses adhérents, première fois depuis 10 ans, et souhaitait conserver cet élan. Elle souhaite donc limiter les amalgames. De plus, ce sandale arrive à un moment délicat puisque les négociations des prochains accords collectifs vont bientôt commencer. « Ceci arrive à un moment où nous avons besoin d’être plus fort que jamais, puisque nous débutons les négociations pour 2016, ce n’est donc naturellement pas bon que nous ayons ces évènements. J’espère que le plus grand nombre comprend que nous avons besoin d’un syndicat Kommunal fort pour les prochaines rencontres » a regretté le président de LO, Karl-Petter Thorwaldsson.

LO a proposé d’édicter des règles très strictes concernant la gestion des biens immobiliers par les syndicats et a publié le 15 janvier, la liste des immeubles et des règles qui s’appliquent pour chacun de ses 15 syndicats membres.

D’autres syndicats réagissent de leur côté. Ainsi, Finansforbundet (syndicat des salariés de la banque et des finances) a publié le 18 janvier sur son site un rappel des règles qu’il suit en matière d’alcool et de location d’appartement puisque lui-aussi a investi dans une société immobilière il y a quelques années.

Un scandale politique ?

Stefan Löfven premier ministre et ancien leader syndical lui-même est intervenu car ce scandale touche également son cabinet et remet en cause la carrière politique de sa collaboratrice. «Je la crois » a-t-il déclaré de Davos. Il est vrai qu’en tant que président du syndicat IF Metall (syndicat des salariés de la métallurgie), il avait lui aussi bénéficié d’un appartement appartenant à son syndicat pendant près de 3 ans, appartement qu’il avait quitté en devenant premier ministre..

La ministre de la sécurité sociale, Annika Strandhäll loue également un appartement à une régie appartenant au syndicat Vision, dont elle fut la précédente présidente.

C’est la probité de ses membres qui est remise en cause. En effet, autant il est possible de concevoir qu’un ancien membre d’un syndicat puisse bénéficier de certaines dispositions au regard des liens particuliers qui les ont liés, autant il est étonnant qu’un ministre n’ayant aucune relation spécifique avec lui, bénéficie d’un avantage.

Or, Stefan Löfven n’a pas besoin de suspicion alors que son parti est en berne. La hausse du parti Modéré est claire au détriment des socio-démocrates. Un sondage publié en janvier 2016 dans le journal SVD ( SvenskaDagBladet) montre que les sociaux-démocrates sont crédités de 23,2% des intentions de vote (soit une baisse de 2,8%) contre 25,6% pour le parti Modéré (avec une hausse de 3,8%).

Décidément, ce scandale tombe mal pour tout le monde…

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