Une Norvège sans pétrole?

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Photo  credit: © Paige Foster | Dreamstime Stock Photos

C’est la question qui se pose de plus en plus dans l’autre royaume de l’or noir.

En effet, les norvégiens doivent leur prospérité actuelle à ce pétrole venu du fond des mers. Or, avec la baisse du prix du baril qui a des répercussions imortantes sur l’économie du pays, les norvégiens comprennent qu’il est temps de réfléchir à ne pas trop lui être dépendants. De plus, traditionnellement proches de la nature et dotés d’une forte fibre écologique, ceux-ci ont souvent mauvaise conscience et tendent à regarder de plus en plus vers les énergies renouvelables. Mais sont-ils prêts à un vrai changement ?
Une économie dépendante du pétrole

Le constat est là : 330 000 norvégiens travaillent dans l’industrie du gaz et du pétrole. Par rapport à 2012, la main d’œuvre a augmenté de 80 000 personnes dans le secteur. Et près de 40 000 d’entre eux travaillent dans la branche de l’exportation de la technologie, des services et de l’équipement.

Mais les temps sont difficiles : avec la baisse des prix du baril, les revenus ont chuté et près de 40 000 emplois ont disparu selon Norsk Industri (confédération patronale norvégienne).

Les résultats présentés par le groupe pétrolier norvégien Statoil pour le premier quart de l’année 2015 sont les plus mauvais jamais connus avec un déficit de plus de 35 milliards de nok (4,2 milliards d’euro). Le groupe pétrolier a également annoncé la suppression de 2400 postes. De même, l’entrerpise parapétrolière Subsea a communiqué sur le licenciement de 2500 personnes d’ici à 2016 (sur 13000 salariés).

Même si ces suppressions de poste concernent essentiellement la main d’oeuvre étrangère qui est encouragée à rentrer chez elle, ce qui permet de ne pas trop tirer les statistiques du chômage vers le haut, celui-ci a connu en Février son plus haut niveau depuis 10 ans, soit 4,1%.

Mais l’évolution des salaires va également s’en ressentir car l’industrie pétrolière doit rester compétitive. Lier-Hassen, auteur d’un rapport sur la conjoncture 2015 prévoit que le niveau des agmentations ne va plus être « norvégien » mais va se rapprocher de celui du Danemark, de la Suède ou de l’Allemagne.

La bonne santé économique du pays est donc dépendante du secteur comme le reconnait Knut Thorvaldsen vice-président de Norsk Olje og Gass (organisation patronalepour la branche du gaz et de l’industrie : « Le fait est que le pétrole norvégien et l’industrie du gaz sont des contributeurs importants à la bonne santé de la Norvège et il en a toujours été ainsi. En plus de fournir 350 milliards en revenus directs à l’Etat, plus de 300.000 emplois sont liés directement ou indirectement à l’industrie et créent de la valeur et paient des impôts chaque année ».

Alors, le gouvernement essaie d’intervenir pour que cette manne ne se tarisse pas.

Un pragmatisme général

Pour la première ministre Erna Solberg, l’industrie pétrolière doit se restructurer car bien que confrontée au défi du réchauffement climatique, elle va continuer à être « une part importante de l’économie norvégienne dans les années à venir».  Aussi, le 24 avril, le gouvernement a annoncé qu’il allait augmenter la surface de la mer de barents ouverte au forage puisque le réchauffement climatique a diminué la taille de la zone gelée protégée (cette zone a diminué de 65% de 1975 à 2012). Il est à noter que la majorité de la classe politique est d’accord sur le fait de protéger la partie encore gelée mais aucun consensus n’a été trouvé sur la manière de prévenir la fonte de la glace.

C’est ce même discours que l’on peut comprendre en écoutant Knut Thorvaldsen de Norsk olje og gass et Leif Sande le président du syndicat Industri Energi (syndicat des salariés de l’industrie pétrolière, de la chimie et de la pharmacie). Dans une même chronique, ils ont listé les 5 raisons expliquant pourquoi il faut encore compter encore avec le pétrole dans le futur pour le bien de la Norvège :

1/ L’industrie pétrolière et du gaz font partie de la solution climatique. En effet, pour l’Agence internationale de l’énergie, la demande en gaz et en pétrole restera très importante car les pays émérgents comme la Chine ou l’Inde en auront besoin pour se développer. Or, comme la Norvège parvient à produire du pétrole avec 60% d’émission de gaz de serre en moins que la moyenne mondiale, elle doit continuer ses travaux d’exploration à la recherche de nouvelle réserve. Elle pourra ainsi répondre à la demande dans une UE qui, elle, en produira moins ;
2/ La Norvège doit sauvegarder les emplois dans l’industrie du pétrole puisqu’en 2014, elle représentait 30% des recettes publiques dans le budget de l’Etat (334 milliards d’euros). Un total de 330.000 Norvégiens sont directement ou indirectement associée à cette industrie.

3/ L’industrie des sous-traitants et fournisseur avec près de 200.000 employés représente la deuxième industrie de la Norvège après les compagnies pétrolières et gazières. Le pays tout entier participe donc à une industrie liée à aux ressources pétrolières et gazières.

4/ L’industrie pétrolière norvégienne est un leader mondial dans la technologie. Les gens qui y travaillent sont souvent les plus grands experts des pays dans leur domaine. Les connaissances et l’expertise qui existent dans cette industrie sont transférées ensuite au bénéfice d’autres technologies dans de nombreuses autres industries, notamment dans les technologies renouvelables. Par exemple, l’industrie a une expertise unique dans les opérations au large des côtes, ce qui est indispensable pour réussir à développer des technologies d’énergie renouvelable.
5/ Les opérations pétrolières norvégiennes offrent un éventail d’emplois large et passionnant à la fois onshore et offshore en Norvège et à l’étranger. L’industrie est polyvalente et a des employés de plus de 100 pays dans la plupart des professions. Or, le pays a une politique d’éducation pertinente qui permet de former les professionnels dont l’industrie a besoin dans le futur.

L’aventure du pétrole est donc loin d’être terminée. Economiquement et socialement, la Norvège a besoin de l’industrie pétrolière dans les décennies à venir.

Une ouverture mesurée vers les énergies renouvelables
Pourtant, le réchauffement climatique est bien un élément à prendre en compte et la population norvégienne est sensible à ce sujet. 1 personne sur 4 estime que les énergies renouvelables vont remplacer le pétrole et le gaz dans les 20 ans à venir, selon un sondage commandé par Norsk Olje og Gas. Et 40% pense que le pétrole et le gaz ne seront plus aussi importants pour l’économie norvégienne en 2035.

Mais la population est un peu schizophrène. En effet, plus de la moitié souhaite que le gouvernement donne la priorité à la lutte contre les émissions nationales de CO2 et à la restructuration verte au lieu de diminuer les impôts en faveur de l’industrie pétrolière comme c’est aujourd’hui le cas ; ainsi la population ne souhaite plus subventionner comme auparavant le secteur (baromètre TNS Gallup).

Cependant, la plupart pensent également qu’il est plus important de préserver les emplois que de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et près de 6 personnes sur 10 pensent que le gaz norvégien peut continuer à résoudre le défi climatique, en investissant dans les énergies renouvables.

C’est le pari que fait Statoil. Le groupe doit soigner son image de marque et montrer sa bonne volonté en souhaitant communiquer sur son empreinte carbone et sa volonté de ne pas rater le tournant. Il est possible de citer les premiers champs d’action de Statoil dans ce domaine, comme le parc éolien de Sheringham Shoal ou la branche récemment créée « New Energy Solution ». Certains pensent que ce nouveau virage de Statoil peut sauver le monde… « Nous commençons avec l’éolien offshore et le développement de celui-ci, et puis nous allons continuer étape par étape. Ceci est un processus important que Statoil va suivre et notre expérience et notre expertise dans le développement de la technologie et de l’innovation, et l’expérience des grands projets seront importants à l’avenir » a expliqué le PDG Eldar Saetre. Mais Statoil doit aussi y trouver son intérêt propre.
« Tout dépend si nous trouvons des projets dans lequels il est logique d’investir pour nous »  a ainsi prévenu le PDG. Et d’ajouter que « Statoil met donc beaucoup d’énergie à prévenir une augmentation de la température mondiale d’1 ou de 2°C. L’industrie doit être partie prenante du changement ».

Une attention nouvelle en faveur de l’industrie « traditionnelle »

Mais le « salut » de la Norvège pourra également passer par un investissement dans les autres forces de la Norvège. Le Comité permanent du Parlement (Næringskomiteen) a récemment recommandé à l’unanimité l’élaboration d’un livre blanc sur les conditions de l’industrie norvégienne. Ce comité est tenu de réfléchir à la mise en place d’une nouvelle activité industrielle en Norvège et va délivrer ses recommandations en Février 2016.

Le Comité a tenu sa première réunion le 4 Avril 2015. « Nous commençons maintenant un travail passionnant où nous allons jeter les bases d’une nouvelle stratégie de l’industrie pour la Norvège. La Norvège a besoin d’une telle stratégie pour créer de la croissance, de l’emploi et relever le défi climatique », a déclaré Terje Aasland, député et leader du comité de l’industrie.

L’objectif est de proposer de nouvelles politiques qui garantiront à la Norvège de continuer d’évoluer en tant que nation industrielle moderne et de virer en tête dans la quatrième révolution industrielle. Ainsi, le comité compte se pencher sur les stratégies industrielles des autres pays comme la stratégie high-tech allemande, « l’Industrie 4.0″ et la stratégie industrielle du gouvernement danois. Il aura aussi un œil particulier sur les domaines où la Norvège est bien placée comme la marine, l’industrie maritime et les énergies renouvelables.

L’industrie des produits finis est également un secteur majeur de l’industrie en Norvège, et se compose de nombreuses petites industries et de plusieurs entreprises dont beaucoup sont déjà parmi les marques les plus connues à l’échelle internationale. Il y a donc un grand potentiel de croissance également dans ce secteur selon le responsable de la communication de Norsk Industri, Finn Langeland.

La Norvège n’est donc pas prête à tourner le dos aux hydrocarbures mais par pragmatisme, elle anticipe en ne négligeant aucun plan qui pourrait l’aider à développer son économie sans eux. Mais le plus tard possible…

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