Suède : quel avenir pour la branche des télécoms en Suède ?

DeathtoStock_Wired2Les annonces des prochains licenciements chez Ericsson et Sony de mars 2015 ont sonné comme un avertissement : quel est l’avenir de la branche télécoms en Suède ? Et qu’en est-il de l’industrialisation du pays ? Longtemps considérées comme le fer de lance de l’excellence technologique suédoise, les deux entreprises rebattent leur carte et la Suède craint de vivre le cauchemar qu’a vécu la Finlande avec Nokia. Mais il n’est pas trop tard pour réagir !

Des motivations différentes :

L’annonce est arrivée début mars : Sony Mobile informait du licenciement de 1000 salairés à Lund ainsi que des consultans tandis qu’Ericsson se séparait de 2200 salariés et cessait le contrat de 850 consultants. L’ensemble des sites Ericsson sont concernés, que ce soit la production, la vente et l’administration ou la recherche : Kista, Göteborg, Linköping, etc.

Comptant 42 000 salariés en Suède en 2000, Ericsson n’emploie plus que 17500 personnes aujourd’hui et les licenciements annoncés vont toucher 13% des effectifs.

Que se passe-t-il ?

Les motivations des deux entreprises sont différentes :

• Sony Mobile va mal et perd des parts de marché. Le siège de l’entreprise est à Tokyo ; l’objectif est donc de préserver au maximum les salariés japonais au détriment de ceux des autres pays, principalement la Suède et la Chine.

• Ericsson est une entreprise suédoise dont le siège est à Stockholm. Elle est en restructuration permanente et essaie toujours d’anticiper et d’améliorer sa rentabilité ; l’entreprise souligne également son soucis de faire appel aux compétences les plus élevées, afin de rester parmi les entreprises compétitives. Et c’est là que le bât blesse car le message est clair : se rendant compte que les travailleurs suédois ont de plus en plus des connaissances qui se révéleraient dépassées, Ericsson préfère licencier pour pouvoir embaucher de nouvelles compétences sans se soucier de former régulièrement ses salariés. « Les restructurations font partie du programme mondial annoncé précédemment et qui vise à réaliser des économies de l’ordre de 9 milliards d’euros avec plein effet en 2017, et vont contribuer à la transformation en cours de l’entreprise, et offrir la possibilité d’exploiter l’expertise et les économies d’échelle mondiale », écrit Ericsson dans le communiqué de presse.

L’interrogation :

C’est pourquoi le syndicat Unionen (syndicat suédois des salariés du privé) pose deux questions :
Quel est l’avenir de la branche des telecom en Suède ? Quelle est la part de responsabilité des entreprises quant aux compétences de ses salariés ?

Car la branche des télécom se porte plutôt bien si on décide d’ouvrir la branche des télécoms à l’IT. En effet, presque 180 000 personnes travaillent dans le secteur « IT et telecom » et les syndicats pensent qu’un brillant avenir l’attend au niveau global en Suède, nonobstant les annonces récentes. Car selon les statistiques de l’IT & Telecom, à la fois le nombre d’employés et le chiffre d’affaires ont augmenté depuis 2008. Les exportations de l’industrie sont aussi parmi ceux qui ont la plus forte croissance de toute l’industrie depuis 2000, surtout pour l’industrie informatique qui se développe. Les télécoms représentent une grande part de la production (comme l’illustre Ericsson) même si celle-ci est de plus en plus délocalisée.

D’où le coup de gueule d’Unionen et des autres syndicats Akademikerna (syndicat des diplômés du supérieur) et Sveriges ingenjör (syndicat des ingénieurs suédois).

Depuis 5 ans et l’arrivée du nouveau président Hans Varsberg, l’effectif total d’Ericsson a augmenté de plus de 35 000 personnes dans le monde mais a diminué en Suède. La production a été déplacée à l’étranger. Et la tendance continue puisque le 16 mars 2015, Ericsson annonçait l’achat d’une société chinoise d’IT comptant 1000 nouveaux salariés.

« Il y a vraiment deux raisons qui expliquent les choix actuels. La première est un changement structurel dans la production et la recherche et développement (R & D). La seconde est l’amélioration de l’efficacité. En outre, nous avons réduit le nombre de plates-formes matérielles et logicielles pour une longue période et nous avons également changé la façon de travailler dans la R & D », se justifie le PDG d’Ericsson Hans Vestberg.

Mais les syndicats ne décolèrent pas, d’autant plus que le PDG a été nommé par le premier ministre Stefan Löfven comme membre de son son nouveau conseil de l’innovation (avec notamment Karl-Henrik Sundström, PDG de Stora Enso et Ola Asplund, conseiller senior d’IF Metall/syndicat des travailleurs de la métallurgie)) dont l’objectif affiché est de « renforcer la compétitivité de la Suède » et de « créer des emplois ». « Nous allons renforcer la compétitivité suédoise. Nous sommes sur le point de dévisser en terme de compétitivité et surtout d’innovation » expliquait Stefan Löfven à SVT Nouvelles. Mais Mr Hans Vestberg est-il vraiment l’homme de la situation ?

La responsabilité des entreprises vis-à-vis de la formation continue de leurs salariés :

Pour Unionen, il est important qu’Ericsson continue à se développer et à être profitable, non seulement pour ses salariés mais également pour les autres entreprises qui travaillent dans la branche des télécoms et de l’IT en Suède. Ericsson a donc une double responsabilité : vis-à-vis de ces entreprises et vis-à-vis de ses salariés. L’entreprise doit utiliser sa rentabilité pour investir financièrement dans la formation continue et dans le pays.
« Les licenciements ont un effet tellement destructeur que nous pensions qu’Ericsson choisirait une autre voie (…). Cela va être difficile pour les salariés de conduire leur projet avec un engagement fort et difficile de prendre des décisions » avertit Per Norlander, responsable des négociations chez Sverige ingenjörer.

Unionen et Akademiker pointent du doigt l’absence de volonté réelle d’Ericsson de conserver ses salariés suédois en développant leurs compétences, dénonçant le choix des faire des économies sur la formation, ce qui a ensuite une implication sur l’innovation et la recherche. “Ericsson continue d’être un acteur important et essentiel dans le domaine des télécoms et de l’IT. Le développement dans ces domaines va vite et Ericsson doit utiliser ses ingénieurs et les développer pour relever les défis du futur. Les licenciements ne doivent pas être la principale caractéristique de l’entreprise et sa seule réponse à ses besoins de nouveaux talents » explique Seger Larsson, responsable chez Sveriges ingenjörer.

En conséquence, pour les syndicats, il s’agit donc de lutter sur deux fronts pour défendre le futur de la branche et son industrie :
• Le développement des compétences permettant de conserver les salariés tout au long de leur vie professionnelle
• Le développement des formations intiales afin que les entreprises trouvent du personnel qualifié à tous les niveaux en Suède et n’aient pas l’obligation de recruter à l’étranger.

C’est ce que résume Cecilia Fahlberg, présidente du syndicat Unionen : « la nécessité d’un développement constant s’applique également aux employés. Les employeurs doivent fournir à leurs employés les bonnes conditions pour qu’ils puissent accompagner le développement de l’entreprise tout au long de leur vie profesionnelle. Le perfectionnement professionnel du personnel est une question dont les entreprises doivent elles-mêmes assumer la responsabilité. Il s’agit de donner aux employés la possibilité de mettre à jour leurs connaissances au rythme de l’évolution du marché, mais aussi de leur permettre de savoir dans quelle direction va l’entreprise. Quels sont les connaissances dont la société aura besoin dans les années à venir ? Les licenciements d’aujourdh’ui montrent que la société Ericsson n’a pas pris cette responsabilité vis-à-vis de leurs employés ».

L’avenir de la Suède comme terre d’IT :

Si Ericsson semble êtreun cas à part, il apparaît que la Suède doit veiller à rester une terre d’accueil en IT et telecom. Alors, quel est son problème : un manque de compétence, un problème de coût ou un manque global d’attractivité ?

Pour Anne-Marie Fransson, vice-présidente de l’organisation patronale IT & Telecomföretagen, la demande est là avec le développement de la numérisation. Mais le secteur se heurte aux coûts dans une industrie qui s’est mondialisée, et à l’accès à l’expertise. En effet, l’accès aux compétences spécialisées est au cœur de l’industrie et les entreprises investissent beaucoup pour attirer et retenir des employés qualifiés. La technologie évolue très rapidement, et le développement des compétences est souvent indispensable à la survie de l’entreprise. Et Anne-Marie Fransson de citer les atouts de la Suède comme pays attractif pour les investissements informatiques : compétences élevées générales en informatique, une bonne formation, la créativité, l’infrastructure électronique bien développé et une tradition d’innovation. Cependant, comme de nombreux pays investissent massivement pour rattraper le pays, celui-ci doit augmenter sa capacité d’innovation, réduire les charges et les coûts fixes, faciliter les transitions et s’assurer que les compétences sont disponibles.

Car la clé sera la capacité à embaucher du personnel qualifié comme le pense l’association Industriarbetsgivarna (qui regroupe les principales entreprises du secteur industriel) qui a présenté récemment un rapport intitulé « Renässans för industriell utveckling » ( la renaissance du développement industriel) . Ce rapport souligne l’importance de l’industrie dans le développement des régions : sans elle, des provinces meurent. Selon ce rapport, la désindustrialisation n’est pas seulement due à un niveau de salaire trop élevé mais également à la difficulté de recruter, l’insuffisance des infrastructures, la lourdeur de la bureaucratie et un approvisionnement énergétique incertain. Le rapport dénonce également un paradoxe : la difficulté de recrutement régional (« il est facile de recruter des ingénieurs à Jönköping ou Norrabotten mais partout ailleurs, la moitié des entreprises peine. ») et le développement de l’industrie suédoise qui a bel et bien été stoppé par la crise financière de 2008. Car même si la suède est sortie de la crise financière, elle est avec la Finlande le pays qui se remet le moins bien et où le nombre total d’emplois reste inférieur au niveau d’avant.
« La Suède a tous les ingrédients lui permettant d’avoir une meilleure politique économique et d’être le gagnant de la compétition et de parvenir à relocaliser » conclut le chercheur Nima Sanandaji, auteur du rapport « Renässans för industriell utveckling ».

D’où la nécessité d’évoluer !

Si aucune mesure n’est prise, il est probable que la branche se retrouve face à un manque de 60 000 personnes à recruter en 2020. Dans le rapport commandé par IT&Telekomföretagens sur la pénurie des compétences des salariés des télécoms (”Akut och strukturell kompetensbrist i IT- och telekomsektorn”), les entreprises de la branche proposent des mesures dans 3 secteurs pour améliorer le recrutement :

1) Le Gouvernement doit, vu l’impact durable du secteur de la numérisation sur le marché du travail, coordonner la formation, le marché du travail et l’innovation des politiques industrielles pour promouvoir le développement des compétences.
2. L’école et l’éducation: L’école doit être numérisée en totalité, sur la base d’une action coordonnée au niveau national. La programmation et la création de contenu numérique devraient être obligatoires dans le programme et les enseignants devraient être formés à cette nouveauté. Les écoles devraient favoriser le développement des compétences futures des étudiants grâce à la collaboration entre l’école et le travail, ce qui nécessite une formation pour les enseignants sur la façon dont une collaboration efficace pourrait être menée. Il faudrait également investir davantage dans l’enseignement professionnel supérieur et renouveler les programmes qui n’ont pas évolué depuis longtemps.
3) Intégration et égalité des sexes:il ya une pénurie de femmes dans l’industrie de l’IT. La part est passée de 21,9% pour cent il ya 10 ans à 19,9% des 80 290 programmeurs et analystes de systèmes. Il faut donc favoriser à long terme un meilleur équilibre et une base de recrutement plus important à la fois dans le secteur de l’informatique et des télécommunications.

Enfin, un certain nombre de mesures sont nécessaires pour promouvoir l’utilisation de la compétence née à l’étranger, comme améliorer sensiblement les conditions économiques des étudiants étrangers ou faciliter l’obtention d ‘un permis de séjour pour les ingénieurs étrangers.

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