Suède : les risques psycho-sociaux au coeur des préoccupations du gouvernement en 2015

DSCN0120Photo crédit: Silvia Ariza-Rojas

Un article de Virginie Hours
Les chiffres sont là : 30% des maladies professionnelles seraient liées à une maladie psychique. De plus en plus de suédois en souffrent et l’ambiance au travail est régulièrement montré du doigt comme le principal responsable Or, cette tendance a un coût pour la sécurité sociale et peut avoir un impact important sur l’employabilité des seniors alors que les pouvoirs publics souhaitent faire reculer l’âge du départ à la retraite.
Une maladie dont l’impact augmente
Selon les pronostics de la Sécurité Sociale, le coût de la santé augmente depuis 2 ans suite à un accroissement du nombre des personnes malades, dont certaines avec un diagnostique psychologique : le tiers des femmes qui étaient tombées malades en 2014 avaient ce diagnostic contre 23% des hommes. Et le coût augmente sans cesse puisque la sécurité sociale évalue le montant à 1 million de sek en 2015 (107 675,5 euros) et 1,5 millions de sek en 2016 (161 513 euros) sur un total des dépenses évalué en 2014 à 31,5 millions de sek (3 391773 euros).

Pourquoi une telle explosion de ces maladies ? Car les conditions de travail y sont propices… C’est le message du rapport de 2014 du SBU (Kunskapscentrum för hälso och sjukvarden / centre de recherche sur la santé et la maladie) qui montre le lien qui existe entre la maladie psychique d’un travailleur et :
• Le manque d’influence sur le contenu de son travail alors que les exigences sont élevées
• Le manque de récompense et/ou de reconnaissance alors que le travail est très exigeant
• L’incertitude de l’emploi, la peur du licenciement
• La perception d’un manque de compassion dans le milieu professionnel.

Et c’est Arbetsmiljöverket (agence suédoise pour l’environnement au travail) qui tire la sonnette d’alarme :
« Il existe des problèmes de santé importants dans ce domaine dûs aux lieux de travail malsains qui entraînent du stress, des traitemenst dégradants et une mauvaise organisation du travail. Des études récentes montrent par exemple que le travail de nuit provoque le cancer chez les femmes. Même le travail routinier à la maison par exemple, est problématique. Nous devons également faire face au harcèlement en milieu professionnel » explique Torsten Heinberg, responsable des études sur la réglementation au sein d’Arbetsmiljöverket.
Puisque le dernier rapport rédigé sur les aspects sociaux et psychiques de l’environnement au travail datait de 1980, un nouveau a été commandé pour 2014 et a permit de dégager deux pistes d’action :

  1. Développer la compétence de l’ombudsman (responsable de la sécurité) sur le sujet : il doit acquérir une compétence et une connaissance de base sur la problématique des maladies mentales en général et avoir une bonne connaissance du travailleur en tant qu’individu.
  2. Travailler davantage sur le harcèlement au travail : en effet, une étude menée par Karolinska institutet montre que 9% des travailleurs, soit près de 360 000 personnes ont déjà été victimes d’agissement comme le harcèlement et que 300 d’entre eux ont essayé de se suicider pour des raisons qui y étaient liées.

Sensibiliser les employeurs

Il s’agit donc de sensibiliser les employeurs qui peuvent travailler « à la source » du problème.
En effet, en 2014 6 lieux de travail sur 10 n’avaient pas de plan de prévention des risques psycho-sociaux ce qui inquiète Håkan Olsson, chef du département des inspections chez Arbetsmiljöverket qui déclare que « tous les travailleurs ont l’obligation d’attirer l’attention sur les risque de stress liés au travail de la même manière qu’ils doivent alerter sur les risques de maladie ou d’accident ».

C’est pourquoi depuis 2015, les employeurs à partir de 10 salariés doivent respecter de nouvelles règles qui vont concerner le stress, la durée du travail et les conflits ce dont se réjouit Bernt Nilsson, directeur général adjoint du conseil de surveillance d’Arbetsmiljöverket : « C’est inacceptable que de si nombreuses personnes tombent malades parce que leur travail n’est pas sécurisé. Le fait que nous puissions présenter maintenant une proposition permettant de mettre en place un environnement professionnel et social obligatoirement de bonne qualité est très positif ».

Ainsi, l’employeur doit vérifier que chaque salarié ne supporte pas une charge de travail excessive, subisse un travail trop routinier ou des traitements injurieux et sache apprécier les risques pour la santé en cas de conflit. Il doit pouvoir fournir également une documentation écrite sur les procédures mises en place, la répartition des tâches, le suivi annuel de l’environnement. Et ceci, dans leur intérêt ! selon une enquête diligentée par Arbestmiljöverket.

Mais l’organisation patronale Svenskt Näringsliv est très critique sur ces nouvelles dispositions car selon elle, l’augmentation des maladies psychiques n’est pas seulement due au travail mais est souvent le résultat de combinaisons de facteur complexes. Pour Anna Berbgsten, expert en environnement professionnel pour l’organisation patronale, il s’agit d’une nouvelle limitation du droit de l’employeur à organiser lui-même le travail, ce qui n’est pas acceptable.

L’enjeu : le travail des seniors

En fait l’enjeu dépasse la simple question du coût que doit supporter la sécurité sociale ou l’employeur. Il s’agit également d’anticiper et de limiter le coût futur des retraites. Car l’idée du gouvernement est de pouvoir repousser l’âge du départ à la retraite des travailleurs mais pour ceci, il faut qu’ils soient en bonne santé !
« L’environnement de travail est une priorité absolue du gouvernement. Nous voulons oeuvrer à un monde du travail qui permettrait à ceux qui le souhaiteraient de travailler plus longtemps sans être usés physiquement ou mentalement prématurément. Des lacunes dans l’environnement de travail sont extrêmement coûteux pour l’individu et pour la société » a expliqué la ministre du travail Ylva Johansson.

Lorsque le système de retraite a été introduit en Suède en 1913, l’âge de la retraite était déjà fixé à 67 ans pour une espérance de vie moyenne de 55 ans. Aujourd’hui, l’espérance de vie dépasse les 80 ans et de nombreux nouveaux retraités vont vivre plus de 15 ans sans travailler alors que le taux de natalité reste faible.
Il s’agit donc pour le gouvernement de tout faire pour augmenter le nombre de salariés de plus de 65 ans qui acceptent de continuer de travailler. Et pour parvenir à cet objectif, ils privilégient deux moyens : combattre la discrimination par l’âge mais également tous les facteurs qui épuiseraient les salariés et les empêcheraient de travailler au-delà de la limite.

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