Les syndicats suédois se penchent sur la manière d’encadrer le phénomène du « vobbing »

(Un article de Virginie Hours)

KeyboardVoici un nouveau terme qui vient d’apparaître dans la langue suédoise : le « vobbing ». Ce verbe, issu de la fusion entre vård (garde, soin) et jobbar (travailler), traduit le fait pour les salariés parents de jeunes enfants, de travailler chez soi tout en gardant un enfant qui est temporairement malade. Ce phénomène apparait surtout aux mois de janvier et février (que certains surnomment « vabruari », contraction de vård et de februari), lorsque les épidémies de grippe ou de gastro-entérite sévissent. Le syndicat Unionen s’intéresse depuis plusieurs années à ce phénomène et souhaite l’encadrer afin d’éviter que la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’estompe davantage.

Un phénomène en expansion

Cela fait plusieurs années que le syndicat Unionen se penche sur ce phénomène et mène une enquête pour en mesurer l’impact. Selon sa dernière étude, il apparait que 3 cadres sur 5 travaillant dans le privé et parents d’enfants de moins de 16 ans « vobbar ». 70% d’entre eux  « vobbent »  afin d’avoir le temps de remplir leurs fonctions et les 2/3 parcequ’ils n’ont personne à qui déléguer ».

« Dans les entreprises qui sont aujourd’hui à flux tendu, il est difficile de trouver quelqu’un à qui confier son travail. C’est pourquoi, de nombreux parents de jeunes enfants travaillent en même temps qu’ils gardent les enfants malades à la maison. Pour certains, cela fonctionne correctement, pour d’autres, mal. En pratique, beaucoup n’ont pas d’autre choix que de vobber » explique Martin Linder, vice-président d’Unionen. Et de souligner que les trois quart de ceux qui sont à la maison et touchent les indemnités pour garde d’enfants se sentent néanmoins obligés d’être disponibles pour leur employeur. Or, « un lieu professionnel doit bien clarifier les choses et permettre à un salarié d’être à la maison pour garder les enfants sans supporter le stress professionnel ou être soucieux de la masse du travail qu’il va retrouver à son retour » continue Martin Linder.

En fait, le problème est que les salariés réagissent différemment : certains arrivent très bien à faire les deux et à aller chercher leurs enfants à l’école et passer ensuite des appels téléphoniques ou envoyer des mails pendant que d’autres pas du tout. Tout dépend aussi de l’encadrement et des messages que celui-ci envoie en direction des salariés qui s’absentent. Il est à noter également que certains parents préfèrent déclarer travailler chez soi afin de bénéficier du maintien de lleur salaire et non des indemnités de sécurité sociale dont le montant est généralement inférieur.

Réaction d’Unionen : accompagner et encadrer
C’est pourquoi, le syndicat Unionen a décidé de lancer une campagne visant à encadrer ce phénomère du « vobbing » et à éviter la disparition des frontières entre vie professionnelle et vie personnelle. « La spécialiste du stress Christin Mellner a inventé un nouveau concepte : les compétences frontalières. Il s’agit bien de cela « explique Nina Kullberg qui travaille pour Unionen dans ce domaine.

En effet, de nombreux médecins pointent le danger du multitâche. « La recherche montre que la trop grande confusion entre travail et vie personnelle peut conduire au stress et à l’épuisement professionnel, mais aussi à un sentiment d’insatisfaction à la fois sur sa vie de famille et sur sa vie professionnelle. Et l’engagement au travail peut diminuer » explique de son côté Karin Allard de l’université de Göteborg.

« Nous ne voulons pas brandir un martinet et dire « vobba disparait ». Cela n’aidera pas nos membres si nous les blâmons. Il vaut mieux essayer de faire avec la réalité » conclue Nina Kullberg .

Le syndicat propose donc sur internet un service nommé « vobbomatic » (http://vobba.unionen.se/vobbomatic/) qui doit aider les parents à compartimenter leur temps et à se concentrer sur une chose à la fois : en fonction de l’âge de l’enfant (entre 2 et 6 ans) et du temps dont le parent a besoin pour répondre aux emails ou assister à une réunion téléphonique (maximum 45 minutes), le site propose un film (dessin animé, etc) approprié. Ce service fait l’objet d’une campagne d’affichage nommé « Vobba lagom med vobbomatic » (vobbent plus tranquillement avec vobbomatic). Sur le site, les parents peuvent également partager leurs impressions, lire des statistiques à leur sujet (par exemple : « 75% de ceux qui sont à la maison avec un enfant malade sont en train de travailler » ou encore « le tiers d’entre vous consulte constamment ses mails »).
Par définition, le syndicat Unionen n’est pas contre le fait que les salariés « vobbent », mais il souhaite que ce soit un vrai choix personnel. S’ils vobbent parce qu’ils n’ont personne à qui déléguer leur travail, la réalité du choix est fausse. Il pense que cest la maladie de l’enfant qui doit déterminer si le parent garde ou travaille et non l’organisation de son travail. Et pour cela, il faut une organisation qui facilite une véritable absence par exemple, un vrai mode de garde lorsque l’enfant est malade sans un rajout de stress ou une montagne de travail en retard lorsque le salarié est de retour.

Cette action est dans la droite ligne de la politique globale que mène Unionen pour un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle et un usage encadré des technologies (email, téléphone mobile) et son attention récente portée sur les risques psycho-sociaux du travail.

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