Suède : un budget 2010 pour sortir le pays de la crise et le préparer aux changements climatiques

Un article de Virginie Hours

Le projet de budget pour 2010 a été présenté par Anders Borg, ministre suédois des finances, le  lundi 21 septembre 2009. Celui-ci l’a défini comme « lourd de responsabilité », à la fois offensif à court terme et raisonnable à long terme.  Au-delà des mesures habituelles pour lutter contre la hausse du chômage et relancer l’économie, une grande partie des dispositions est consacrée aux problèmes climatiques et aux moyens d’adapter le pays aux différents changements.

Face à une année 2010 jugée encore difficile, le gouvernement garde le cap sur la baisse des impôts et consolide les mesures pour lutter contre le chômage et relancer l’économie

Le gouvernement juge la situation sur les marchés financiers aujourd’hui stabilisée, avec une amélioration des crédits pour les ménages et les entreprises. Par contre, il estime que le chômage va continuer à augmenter jusqu’à atteindre vraisemblablement 11,6% en 2011.

L’objectif du gouvernement est donc en premier lieu de limiter la montée du chômage et surtout, d’éviter la mise en place d’un chômage de longue durée difficilement résorbable par la suite.

Afin de maintenir le niveau d’emploi dans le service public, il propose de soutenir financièrement les domaines de la santé, la justice ou la protection sociale en consacrant, notamment aux services de la santé,  presque 3,5 milliards de sek (343 millions d’euro) sur 2010. C’est dans ce même objectif qu’il s’engage également à verser des subventions aux communes et aux conseils généraux à hauteur de 10 milliards de sek (980 millions d’euro).

Pour soutenir le niveau d’employabilité des chômeurs, il souhaite encourager les formations pour adulte en augmentant notamment, le nombre des stages professionnels (4000) ou stages à formation qualifiante (8000), ainsi que le nombre de places (1000) dans les écoles populaires supérieures (folkhögskolan). Il veut aussi augmenter le montant des bourses d’étudiant de 431 sek (42,2 euros) par mois pour un étudiant à plein temps. Enfin, le montant de la contribution mensuelle aux caisses d’allocation chômage est diminué de 50 sek (4,8 euro) par mois.

Le gouvernement suédois souhaite relancer la consommation en continuant de baisser les impôts, dans la suite des engagements pris ces 3 dernières années. Aussi prévoit-il des possibilités de « déductions d’impôt sur l’emploi » (jobbskatteavdrag) qui, selon lui, permettent à la fois aux salariés et aux entreprises, de profiter directement d’une plus grande partie du salaire, et rend plus rentable le fait de travailler :  cette fois-ci, les personnes qui n’ont pas 65 ans et ont un revenu qui dépasse environ 38000 sek (3700 euro) par an, bénéficieront d’une diminution d’impôt d’environ 200 à 250 sek (19,5 à 24,5 euro) par mois. Le gouvernement propose également de diminuer les impôts pour ceux qui sont assujettis à l’impôt sur le revenu, ce qui représentera un manque à gagner de 15 milliards de sek (1,45 milliards d’euro). Il veut également en faire bénéficier les retraités : un retraité avec une pension basée sur le revenu (inkomstpension) très faible ou inexistante, bénéficiera d’une baisse annuelle d’impôt de 2300 à 3500 sek (225,5 à 434 euro), montant dépendant également de son âge et du niveau des impôts locaux. En prenant en compte également l’augmentation de «  l’aide à l’entretien des personnes âgées » (äldreförsörjningsstödet) et leur « allocation de logement » (bostadtillägget), le budget consacré aux retraités atteint les 2 milliards de sek (196 millions d’euro) par an.

Le gouvernement souhaite aussi soutenir la création d’entreprise et encourager le développement des petites et moyennes entreprises, sources d’emploi : l’impôt sur les entreprises va donc diminuer afin de soutenir leurs investissements et faciliter le maintien des salaires. Les charges sociales pour les entreprises individuelles vont également diminuer de 5%.

La Suède reste un pays très dépendant de ses exportations. C’est pourquoi, le gouvernement veut également prendre des dispositions pour soutenir l’exportation, notamment en augmentant les capacités de la « Société de Crédit à l’exportation suédois » (AB Svensk Export  Kredit) qui aide financièrement les entreprises liées à l’export qui connaissent des difficultés. Il souhaite aussi que la Suède reste un des pays « phare » en matière de recherche, en y consacrant un budget qui atteindra en 2012 les 5 milliards de sek (490 millions d’euro). Il est décidé également que les secteurs publics financeront la recherche autour de 1% du PNB.

Des dispositions nouvelles pour faire face aux problèmes climatiques :

Conformément à ses prises de position lors de sa présidence européenne, le gouvernement suédois se dit préoccupé par le changement climatique et souhaite préparer le pays à faire face à ses conséquences. En premier lieu, il veut donc promouvoir une utilisation plus efficace de l’énergie, notamment dans l’industrie, le secteur de la construction et les secteurs publics. Il souhaite également que la Suède atteigne ses objectifs climatiques et va verser en 2012, une subvention de 200 millions de sek (19,5 millions d’euro) en faveur du programme « d’investissements climatiques internationales » (Internationella Klimatinvesteringar). A la suite des engagements pris en 2009, le gouvernement va également consacrer 17 millions de sek (1,6 millions de sek) sur 2010 et 2011, puis 92 millions de sek (9 millions d’euro) sur 2012 à l’adaptation du pays au climat. Il souhaite également investir de nouveau 8 millions de sek (784 000 euros) pour 2011/2012 en faveur du centre de recherche climatologique de Rossby Centre géré par «  l’Institut Suédois de Météorologie et d’hydrologie » (Sverige Meteorologiska och Hydrologiska Institut).  Il investit également 11,5 millions de sek (1,12 millions d’euro) pour l’année 2010 dans le domaine de la recherche pour l’environnement et la cohésion sociale. Il poursuit aussi ses efforts en faveur de l’environnement maritime avec une subvention pour 2012 de 105 millions de sek (10,29 millions d’euro). Les investissements décidés dans le budget de 2009 jusqu’en 2011, sont maintenus. Comme la Suède est un des leaders dans le domaine des produits chimiques, il accorde une subvention de 30 millions de sek (2,9 millions d’euro) pour l’année 2010 à « l’Inspection des produits chimiques » (Kemikalieinspektionen). Enfin, afin d’assurer la transposition dans la loi suédoise, de la directive européenne « Inspire » établissant une infrastructure d’information géographique dans la communauté européenne, le gouvernement propose de débloquer une subvention de 50 millions de sek (4,9 millions d’euro) pour l‘année 2010/2011.

Une opposition partagée :

Le projet de budget 2010 est évalué à un total de 32 milliards de sek (3,13 milliards d’euro) pour 2010 et 24 milliards de sek (2,35 milliards d’euro) pour 2011.La politique de baisse d’impôt fait réagir l’ensemble des partis de l’opposition qui ne la jugent pas appropriée. Le parti social-demokrat calcule que ces baisses d’impôt représentent un manque à gagner pour l’Etat de 10 milliards de sek (980 millions d’euro) et craint que la Suède ne continue d’être « à la traîne ». Il trouve également discriminant, le fait de privilégier seulement un groupe de personnes, tel les retraités. Quant au vänsterpartiet, (parti de gauche communiste) il préfèrerai que cette baisse d’impôt se traduise plutôt par un investissement dans le système éducatif ou de la santé, qui profiterait ainsi à tous. Par contre, la présidente d’Unionen, (confédération syndicale des salariés du privé) Cecilia Fahlberg, fait la part des choses : elle soutient certaines propositions, comme les dispositions d’aide aux entreprises individuelles, l’augmentation des places de formation ou les bourses d’étude, mais elle regrette le manque de soutien à l’industrie automobile alors que la Suède se déclare dans une profonde crise industrielle. Elle critique également la situation des caisses d’assurance-chômage dont le montant des indemnités est particulièrement faible et n’accepte pas l’analyse d’Urban Bäckström, économiste pour Svenskt Näringsliv (la confédération des entrepreneurs), selon lequel, le versement de faibles indemnités chômage incite davantage les chômeurs à trouver du travail. Pour elle, un bon niveau d’indemnisation permet d’assurer une passerelle entre deux emplois ou entre un emploi et une formation, ce qui est essentiel en période de crise majeure.

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