Les partenaires sociaux finlandais

Le mouvement social
Les travailleurs finlandais ont commencé à s’organiser au milieu du XIXe siècle, dans la phase initiale de l’industrialisation du pays. Les premières associations de travailleurs ont été fondées dans les années 1850, mais c’est dans les années 1880 que ce mouvement a pris un véritable élan lorsque, entre autres, les typographes, les peintres, les tailleurs, les forgerons, les maçons et les cordonniers ont commencé à créer leurs propres syndicats. La première convention collective couvrant l’ensemble du pays a été conclu en 1900 dans le secteur de l’industrie graphique. Les conventions collectives sectorielles ont cependant demeuré rares jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Les origines de la Fédération finlandaise des syndicats (SAK), qui est aujourd’hui la plus grande des confédérations syndicales, remontent à 1907. La même année a été créée la première confédération des employeurs. Toute l’histoire du syndicalisme ouvrier en Finlande a été caractérisée par une rivalité entre d’une part les sociaux-démocrates et d’autre part les communistes. En 1940, les deux organisations centrales salariale et patronale ont conclu un accord commun, connu comme les « fiançailles de janvier », se reconnaissant mutuellement comme des partenaires de dialogue. Les conventions de 1944 et 1946 ont fixé l´organisation des relations de négociation. Les premières conventions collectives proprement dites ont été signées à partir de 1945. Elles contenaient avant tout des dispositions portant sur les salaires et à une moindre mesure sur les conditions de travail. Dans le secteur des services la première convention collective a été signée seulement en 1969. Dans le secteur public l’ensemble du système de négociation collective a été mis en place en 1970 par des lois régissant les conventions collectives dans le secteur public de l’Etat et des municipalités.

Contrairement aux autres pays nordiques le mouvement syndical finlandais est resté faible jusqu’en 1945. La Confédération finlandaise des employés (STTK) a été créée en 1940 et la Confédération des syndicats des professions académiques (AKAVA) en 1950. L’importance des syndicats s’est ensuite rapidement accrue à partir des années 60. En 1994, près de 90 % de l’ensemble des employés finlandais étaient affiliés à un syndicat (ce chiffre inclut également les retraités, les étudiants et les membres non payants). Il s’agit là, avec le Danemark et la Suède, d’un des plus hauts taux de l’Unions européenne. Depuis cette année, qui marque la fin de la récession économique, le taux d’organisation a été en baisse mais reste toujours à un niveau très élevé par rapport à beaucoup d’autres pays européens.

Les organisations syndicales

La Finlande compte trois confédérations du côté des employés regroupant à l’heure actuelle 72 organisations syndicales. Ces dernières années le nombre des syndicats a eu tendance à diminuer suite à des fusions entre les fédérations.

Avec environ 1,1 millions d’adhérents SAK est la confédération la plus importante de Finlande. Elle réunit 21 associations syndicales comptant environ 140 unions et 4000 sections locales. Un peu moins de la moitié des membres travaillent dans l’industrie, un tiers dans le secteur des services et un quart dans le secteur public (Etat et municipalités). Les fédérations les plus importantes en taille sont la fédération des employés des secteurs public et social (225 000 membres), qui est en fait une fusion de six syndicats regroupant des employés du secteur municipal, de l’Etat et de l’Eglise ainsi que du secteur privé dans le domaine sanitaire et social, la fédération des employés du secteur des services privé (200 000 membres) et la fédération des ouvriers de la métallurgie (166 000 membres). SAK constitue une organisation prédominante sur le plan idéologique comme à la table des négociations. Idéologiquement, elle est sociale-démocrate.
STTK est la deuxième confédération syndicale en taille. Elle compte en tout 20 associations membres qui recouvrent plus de 647 000 travailleurs. La confédération représente les employés dans l’industrie, les services privés et les services publics des municipalités et de l’État. Elle est assez hétérogène mais a généralement réussi à représenter tous ses groupes de membres. Les fédérations les plus importantes sont le syndicat des services sanitaires et sociaux, la fédération des employés et techniciens de l’industrie et la fédération des employés du secteur public et privé. Les syndicats de STTK acceptent aussi des étudiants comme membres. Environ deux tiers des membres sont des femmes. Historiquement, l’organisation est de tendance sociale-démocrate.
AKAVA représente le personnel académique des universités ainsi que des travailleurs à qualifications particulières. Elle regroupe des associations sectorielles ou professionnelles telles que les enseignants, les infirmières ou les ingénieurs. Elle compte en tout 31 associations syndicales et plus de 461 000 membres individuels. Le nombre d’adhérents a augmenté de façon constante depuis les années 1970, ce qui reflète les transformations dans la société finlandaise. Environ la moitié des membres travaillent dans le secteur privé et l’autre moitié dans le secteur public. Idéologiquement elle se situe du côté conservateur.

Les employeurs


Dans le secteur privé, la principale organisation centrale est la Confédération des industries finlandaises (EK) regroupant 42 organisations patronales représentant le secteur de l’industrie aussi bien que le secteur des services. EK a officiellement démarré ses activités début 2005 lorsque la Confédération des Entreprises et des Employeurs finlandais (TT) et la Confédération Patronale des Entreprises de Services (PT) se sont réunies en une seule organisation. EK compte aujourd’hui environ 16 000 entreprises, dont 96 % sont des petites et moyennes entreprises, employant au total 900 000 personnes. Même si ceci signifie seulement 7 % du nombre total d’entreprises du pays, parmi les sociétés avec 50 employés ou plus 87 % sont affiliées à EK. Les sociétés membres représentent plus de 70 % du produit national brut de Finlande et un peu plus de 95 % des exportations du pays. EK joue un rôle prépondérant dans la négociation de la politique des revenus et c’est elle qui formule les objectifs idéologiques du patronat.

Il existe aussi la Fédération des entreprises finlandaises (SY) qui regroupe plus de 90 000 entreprises de taille variable. Créée en 1996 après la fusion de deux grandes fédérations d’entreprises, SY compte 417 associations locales et 49 organisations sectorielles. Elle représente plus d’un tiers des entreprises du pays avec un total de 450 000 salariés et entrepreneurs. SY veille aux intérêts des employeurs et s’engage dans le débat politique mais ne participe traditionnellement pas aux négociations centrales de politique des revenus.

La Fédération des employeurs du secteur agricole (MTL) compte environ 1 170 d’entreprises affiliées et ses conventions collectives couvrent à peu près 10 000 personnes chaque année.

Dans le secteur public les acteurs qui négocient des conventions collectives sont la Commission pour les employeurs des collectivités locales (KT), le Service des employeurs de l’Etat (VTML) et la Commission des employeurs de l’Eglise (KiT). La KT, qui est l’organisation la plus importante représentant les employeurs du secteur public, couvre 431 municipalités et 208 fédérations de municipalités employant au total environ 422 000 personnes. Le VTML conclut des conventions collectives pour 124 000 employés et fonctionnaires de l’Etat.


Les instances nationales et régionales de dialogue

Quatre instances réunissent les partenaires sociaux et les représentants de l’État à l’échelon national : le Comité national d’information pour la politique des revenus ; le Conseil économique ; le Conseil sur le problème de l’emploi ; le Conseil de l’emploi. On peut ajouter à ces institutions tripartites les Comités pour l’emploi reliés aux Centres régionaux d’emploi et de développement économique (centres TE) :
• Le Comité national d’information pour la politique de revenus compte douze membres, dont 7 représentants des syndicats et 5 représentants du patronat. La Présidence du Comité national d’information pour la politique de revenus est assurée par le Directeur du Département de Politique économique du Ministère des Finances.
• Le Conseil économique compte un total de dix-huit membres. Présidé par un Ministre d’État, il comprend sept ministres ainsi que 7 représentants et 3 représentants syndicats.
• Le Conseil économique traite, au moins une fois par mois, de la croissance économique, de la balance commerciale et de questions économiques structurelles.
• Le Conseil sur le problème de l’emploi, dirigé par le Ministre du Travail, a pour tâche d’établir des communiqués et des propositions à l’intention du Ministre du Travail concernant la politique de l’emploi et du travail. Il compte au total treize personnes, y compris le Président et le Vice-Président. Il comprend 3 représentants des syndicats (SAK, STTK, AKAVA) et 5 représentants des employeurs.
• Le Conseil de l’emploi a pour mission d’élaborer des propositions concernant l’application de textes légaux sur le temps de travail, les congés, les jeunes salariés, la santé et la sécurité au travail. Il s’agit également d’une instance tripartite présidée par le Ministre du Travail et comprenant trois représentants patronaux et trois représentants syndicaux.
• Les Comités pour l’emploi, instances tripartites d’échelon régional, effectuent des analyses de la situation de l’emploi et fournissent des recommandations aux Centres régionaux d’emploi et de développement économique. Les principales organisations patronales et syndicales y désignent leurs représentants. Les Comités comptent généralement douze à seize membres.
Mais il existe aussi une pratique de réunion informelles autour du Premier Ministre, qui associent régulièrement les dirigeants des fédérations syndicales et des principales entreprises du pays. C’est autour de ces rencontres que les réformes se lancent et se discutent.

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