Lutte contre les violences urbaines: le concept suédois FRYSHUSET

Rédigé par Louise Denéchère

A l’origine, FRYSHUSET est une maison de jeunes classique dans un quartier difficile. Créée en 1984, elle propose des activités sportives et culturelles. A la suite d’épisodes de violence entre jeunes à Stockholm, elle organise, à la demande du gouvernement suédois, une campagne nationale d’information et de communication pour que les jeunes suédois puissent échanger sur leurs idées concernant la violence. A la suite du succès de cette démarche participative, Fryshuset a développé par la suite de grands projets sociaux, dont Lugna Gatan (les rues calmes), créé en 1995. Un lycée très particulier a ouvert ses portes en 2000.

Ici seront décrites quelques opérations originales de Fryshuset. Une attention spécifique est portée à Lugna Gatan, une association de Fryshuset qui agit pour limiter le développement de la violence et le sentiment d’insécurité dans les quartiers difficiles en utilisant des méthodes originales.

Fryshuset, maison de jeunes

Fryshuset est donc un lieu d’accueil ouvert à tous, apolitique et sans préférence religieuse. Il dispose de salles de sport, où s’entraînent des équipes de basket, de football, de skateboard, de salles des fêtes et de salles de musique. Des évènements (concerts rock) y sont régulièrement organisés. Mais la clientèle de Fryshuset est la population des quartiers difficiles de la ville. C’est pourquoi c’est aussi un lieu d’échange et d’information, qui agit particulièrement dans le secteur des violences domestiques. On se bornera ici à donner quelques exemples d’activités et de groupes développés dans la structure.

Les actions pour les améliorer les relations entre garçons et filles et les aider à avancer vers l’âge adulte constituent un premier axe de travail avec 3 composantes :

• Elektra repose sur les représentations, dans les établissements scolaires, de deux pièces issues de la coopération entre Fryshuset, le théâtre municipal d’Uppsala et Riksteatern. L’adaptation moderne d’Electre de Sophocle traite des problèmes quotidiens rencontrés par les jeunes filles, en particulier dans les familles très traditionnelles concernant les rapports hommes/femmes. Elektra forme aussi des bénévoles à l’accueil et au soutien des femmes en difficulté.
• United Sisters n’agit qu’auprès des jeunes filles en leur proposant de participer à des groupes de discussion et de recevoir le soutien d’un tuteur. Les membres de cet organisme patrouillent de nuit dans les rues afin de rassurer les jeunes filles.
• Les « Bridge builders » ne regroupent que des garçons. Ils se réunissent pour discuter ou participer à des activités les amenant à réfléchir sur eux-mêmes et leur manière de se comporter. A la fin de l’année, ils organisent un voyage d’étude dans une zone de conflit, comme l’Irlande du Nord.

Exit s’adresse aux jeunes qui veulent quitter les mouvements néonazis et qui rencontrent des difficultés en raison des pressions exercées sur eux. Les membres d’exit ont eux-mêmes été membres de ces unités et connaissent donc les besoins et problèmes de ceux auxquels ils viennent en aide. Depuis 1980, Exit est intervenu auprès de 180 jeunes.

Glömda Barnen s’occupe des adolescents et enfants dont les parents ont des problèmes liés à la drogue ou à l’alcool. Elle est liée à deux associations qui œuvrent en faveur des anciens détenus et alcooliques.

Le Forum för eldsjälar est une conférence organisée chaque année pour 600 personnes travaillant avec de jeunes enfants, aussi bien des travailleurs sociaux, que des enseignants et des bénévoles.

Navigator est un programme d’aide aux 20-24 ans dans la recherche d’un emploi. Il s’agit de leur donner confiance en eux, de leur montrer les opportunités qui s’offrent à eux, et de les soutenir dans cette situation.

Fryshuset, un lycée original

En 2000, Fryshuset a ouvert un lycée indépendant qui a pour vocation d’aider les jeunes des quartiers de Stockholm à pratiquer leurs passions. Les 850 jeunes qui y étudient suivent le programme scolaire national comme dans n’importe quel établissement et reçoivent des cours dans l’activité culturelle ou sportive choisie. L’originalité de l’idée, qui est inspirée sur le plan organisationnel des sections sport études françaises, est que certaines activités proposées sont celles qui sont valorisées parmi les jeunes des quartiers difficiles de la ville : basket-ball et street-ball, skateboard, hockey sur glace, danse moderne et musique (hip hop et rap) et musique. L’entrée est soumise à une sélection, et les jeunes doivent attester d’un niveau scolaire et musical ou sportif suffisant dans la discipline. L’idée de base est qu’un jeune qui excelle dans un domaine aura de meilleurs résultats scolaires si la scolarité intègre son activité de prédilection (skateboard, rap, basket…), et que les résultats des jeunes des quartiers difficiles pourraient en être améliorés. Cela apparaît comme un succès.

LUGNA GATAN (la rue calme…)

Lugna Gatan est la plus grosse association de Fryshuset. Elle est dirigée par un policier. A l’origine, Lugna Gatan avait pour mission d’empêcher les actes de violence et de vandalisme dans le métro. L’association remplit toujours ce rôle en allant à la rencontre des jeunes dans et à l’extérieur des stations de métro, en leur parlant et les conseillant, sans servir d’intermédiaire à la police (Elle signale toutefois systématiquement les actes illégaux auxquels elle assiste). Elle travaille aussi dans les quartiers, hors des transports, à la demande de la municipalité, pour éviter que la population se sente menacée par les groupes de jeunes (rôle analogue à celui des médiateurs de quartier). Lugna Gatan a cependant diversifié ses activités :

• elle apporte un soutien aux jeunes ayant été agressés, en les accompagnant dans leur établissement scolaire, en les aidant à parler et en les encourageant à témoigner au tribunal. Il s’agit de redonner aux victimes confiance en elles et de faire peser une pression sociale sur les agresseurs.
• elle organise des projets juniors, qui regroupent des jeunes volontaires qui ont entre 14 et 19 ans. Un membre de l’organisation les encadre et les forme au droit et aux premiers secours. Ils participent à des activités (sport, cinéma) et sont chargés de faire des patrouilles dans leur quartier. Ils s’engagent à bien se conduire, aussi bien sur le plan de la drogue que de la criminalité. Chaque année, vingt nouveaux jeunes entrent dans ces groupes. A partir de vingt ans, ils peuvent demander à travailler pour Lugna Gatan.
• elle diffuse ses idées et propose des méthodes aux écoles. Elle intervient aussi directement dans certains établissements scolaires en grande difficulté, en fonction de la demande. Les équipes sont capables de déceler les problèmes que ne voient pas les enseignants ou les directeurs des établissements scolaires. Elles se rendent dans les établissements, vont à la rencontre des élèves, identifient les problèmes et les chefs de bandes. Les équipes, grâce aux méthodes développées dans l’association, ont pour objectif de convaincre ces derniers de la nécessité de changer leur comportement en leur montrant les opportunités qui s’offrent à eux en dehors de la délinquance ou de la criminalité.

L’association semble réussir et jouer un rôle positif. Elle n’a cessé de s’agrandir depuis sa création en 1995, tant sur le plan du nombre de personnes qui y travaillent que sur le nombre de villes qui l’accueillent. En effet, aux 130 salariés actuels, devraient s’ajouter 70 autres personnes d’ici la fin de l’année. Lugna Gatan, installée uniquement à Stockholm lors de sa création, s’est implantée à Göteborg et à Malmö. Cette extension est due à une demande de plus en plus forte des collectivités locales en proie à la violence, mais aussi au développement d’activités commerciales en direction d’entreprises et de services menacés par des comportements violents (patinoires, piscines, concerts rock, transports en communs).

Une principale raison du succès de l’opération est que Lugna Gatan agit directement sur les leaders des groupes de jeunes et les fait changer d’état d’esprit, ce qui semble moins difficile que ce que l’on pourrait imaginer. Il apparaît clairement que les jeunes leaders saisissent lorsqu’ils le peuvent l’opportunité de quitter une vie de violence, si une issue leur est proposée.

L’association engage des personnes qui connaissent les jeunes des quartiers et leurs problèmes. En effet, les salariés sont nés dans les mêmes quartiers et ont vécu les mêmes situations que celles qu’ils combattent. Un certain nombre d’entre eux a même fait de la prison. Lugna Gatan les réinsère dans la vie active, leur offre une opportunité de s’en sortir et un tremplin pour une nouvelle vie. Les salaires sont peu élevés, entre 14 000 et 15 000 couronnes, mais les candidatures sont très nombreuses. Pour être sélectionnés, les candidats doivent avoir une bonne connaissance de leur quartier et des personnes y habitant afin de pouvoir exercer une certaine influence, et savoir se défendre physiquement et verbalement. Les services de l’emploi financent la formation dispensée par Lugna Gatan aux employés. Pendant trois mois, ils étudient le droit, participent à des groupes de réflexion autour des thèmes de la violence, des valeurs morales, des problèmes sociaux, de ma vie en société. Ils reçoivent aussi des cours de self-défense. Ils sont testés ensuite sur le terrain pour vérifier qu’ils ont bien intégré les objectifs des opérations, et les salariés n’interviennent jamais seuls pour éviter les dérives individuelles.

Le financement est donc assuré part la vente de services aux écoles, à la compagnie de transport de Stockholm et aux municipalités. Elle reçoit aussi marginalement des aides financières et des subventions, notamment pour ses actions en matière d’emploi.

Fryshuset est un concept original, et très polyvalent : ses activités ne sont pas ciblées uniquement sur les loisirs, l’organisation implique les jeunes dans toutes les activités, l’intervention se situe à tous les niveaux, aussi bien dans les rues, que dans le métro ou les écoles et son recrutement se fait dans les quartiers eux-mêmes

Fryshuset serait intéressée par une collaboration avec une ou plusieurs municipalités françaises, afin de vérifier si le concept pourrait être exporté. Ils ont déjà des contacts avec certains leaders des groupes français de jeunes des quartiers difficiles, qui rencontrent assez fréquemment leurs homologues, suédois notamment, lors d’évènements internationaux spécifiques (concerts rock, compétitions de sports de combat extrêmes tels que boxe thaï)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s