Handicap: Stockholm, la capitale la plus accessible du monde en 2010

Une note de Marine Tondelier

La Suède est depuis longtemps l’un des pays les plus avancés au monde en ce qui concerne l’insertion des personnes handicapées, aussi bien en ce qui concerne sa législation que pour l’organisation de ses transports, de son éducation ou de son marché du travail. Pour les Suédois en effet, c’est à la société de s’adapter aux besoins des personnes handicapées, et non l’inverse. L’attachement au principe de l’égalité des chances a ainsi entraîné de nombreuses transformations des structures administratives, destinées à améliorer l’accessibilité d’un certain nombre de services aux personnes handicapées.

Désireux d’aller encore plus loin, le Parlement suédois (Riksdag) a émis il y a neuf ans la volonté de faire de Stockholm la capitale la plus accessible au monde d’ici 2010.

Objectifs du projet

L’objectif fixé dans le cadre de ce programme « Stockholm 2010 » est notamment d’éliminer les obstacles empêchant la parfaite accessibilité des personnes à mobilité réduite aux locaux officiels ainsi qu’aux espaces publics.
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Ce projet ne concerne donc pas exclusivement les personnes souffrant de handicaps fonctionnels, mais tous les individus pouvant être confrontés à un quelconque problème d’accessibilité. En effet, une accessibilité accrue pour les personnes dites handicapées peut aussi signifier une accessibilité accrue pour tout le monde. Par exemple, le rabaissement des bordures des trottoirs facilite également la circulation des poussettes ou des chariots et valises à roulette. De même, des indications voyantes, claires et en gros caractères, habituellement destinées aux personnes souffrant de déficience visuelle, constituent également une source d’information précieuse pour chacun.

Par ailleurs, selon la conception suédoise, un handicap intervient lorsqu’une personne rencontre un environnement qui lui est inaccessible. Ainsi, un handicap ne désigne pas pour les Suédois les capacités d’une personne mais plutôt la relation entre une personne et son environnement. L’étendue du handicap d’une personne se mesure donc à la fois par l’étendue du disfonctionnement dont elle souffre mais également par rapport à l’environnement dans lequel cette personne évolue. En conséquence, plus la société s’attache à s’adapter aux besoins des personnes souffrant de handicaps fonctionnels, plus le handicap relatif de ces personnes s’allège.

Dans l’intérêt général, la municipalité de Stockholm devrait donc remédier à tous les problèmes d’accessibilité d’ici à 2010 au plus tard, afin que cette ville devienne la capitale la plus accessible au monde. L’objectif est de taille, puisqu’un environnement extérieur accessible pour tous créerait les conditions d’une égalité dans les conditions d’existence, d’une réelle participation de chacun à la vie de la société, et enfin d’un gain d’autonomie pour les personnes souffrant de handicaps fonctionnels, ce qui est l’un des objectifs définis conjointement par le Parlement et le gouvernement suédois et signifierait un moindre besoin en assistance et en aides sociales.

Le programme « Stockholm – une ville pour tous »

Toujours dans l’objectif de faire de Stockholm la capitale la plus accessible au monde d’ici 2010, un programme réalisé par l’Administration de l’Urbanisme et du Trafic urbain en concertation avec plusieurs associations représentant des personnes handicapées a été adopté le 20 mai 2001.

Ce programme, intitulé « Stockholm – une ville pour tous – directives pour créer un environnement accessible » est en fait une version mise à jour, approfondie et améliorée d’un programme précédent qui avait été adopté par l’ancien conseil municipal en 1987 (« Programme pour l’adaptation de l’environnement extérieur aux personnes handicapées ») et qui demandait depuis un certain temps à être révisé.

En renforçant la réglementation de la construction et en imposant des normes plus strictes aux établissements publics et privés, ce programme jouera un rôle important dans l’achèvement de l’objectif « Stockholm 2010 », notamment parce que ses concepteurs ont basé leur travail sur la question de savoir « comment l’environnement extérieur peut-il être adapté de manière à être accessible à chacun ? »
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De ce questionnement émanent différentes mesures dont la mise en œuvre rendra la ville de Stockholm plus accessible et qui sont énumérées en détail dans le rapport « Stockholm, une grande ville adaptée à chacun », qui constitue en fait une synthèse du rapport cité précédemment.

Entre autre, il est ainsi prévu que la mobilité des personnes se déplaçant en fauteuil roulant soit améliorée par l’installation de rampes ou d’ascenseurs lorsque des dénivellations brutales l’exigent, par l’aménagement de toilettes spacieuses et spécialement adaptées, par la création de places de parking réservées aux personnes handicapées ou encore par l’utilisation de revêtements planes et « praticables» (pas de gravier par exemple).

De même, afin d’accroître la sécurité des personnes souffrant de déficience visuelle, des effets de contraste (utilisation de bandes de peinture colorées notamment) signaleront le passage d’une zone horizontale à une zone verticale (ou l’inverse), et des surfaces tactiles indiqueront un danger (le long des quais par exemple).
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Par ailleurs, et pour que chacun puisse profiter de Stockholm sans désagrément, seuls des matériaux et des plantes non-allergéniques seront désormais utilisées. De plus, un effort sera fourni pour que les informations (directions, panneaux d’affichage) soient proposées lisiblement et clairement (gros caractères et contrastes pour les malvoyants, pictogrammes pour les étrangers ou les illettrés…) tandis que davantage de bancs publics seront installés à travers la ville, et que tous les bancs existants seront pourvus d’accoudoirs.

Le programme « Stockholm – une ville pour tous » précise qu’il faudra systématiquement tenir compte des changements précisés ci-dessus ainsi que de nombreuses autres nouvelles normes d’urbanisme lors de la construction ou la rénovation de bâtiments, de façon à ce qu’ils soient accessibles à tous. Tous les défauts d’accessibilité existant actuellement dans l’environnement intérieur et extérieur devraient ainsi être réglés.

Dans certaines situations cependant, il sera difficile de remplir les objectifs posés par le programme. Certaines parties de la vieille ville notamment sont susceptibles de rester difficiles d’accès pour certaines catégories de la population, à la fois pour des raisons d’esthétisme, de configuration de l’espace et de conservation du patrimoine culturel. D’autres problèmes se posent également par en ce qui concerne les vieux bâtiments, auxquels on accède souvent par un perron de quelques marches et qui ne possèdent que rarement des ascenseurs, alors que ceux-ci sont d’une grande utilité pour les personnes en fauteuil roulant.

Un exemple de norme visant l’accessibilité pour tous

Le programme « Stockholm – une ville pour tous » se divise en fait en une cinquantaine de chapitres, chaque chapitre énonçant les normes d’accessibilité s’appliquant à un type d’aménagement extérieur bien précis. Tous les aménagements existants dans les lieux publics sont ainsi passés en revue, des pistes cyclables aux ascenseurs en passant par les escaliers, l’éclairage public, les parterres de fleurs, les parkings, les cabines téléphoniques, les terrasses de café, les garages à vélos, etc….

Ce programme détaille très précisément les normes s’appliquant à chacun de ces aménagements. Par exemple, le chapitre réglementant les arrêts de bus précise que tout arrêt de bus doit être clairement signalé en tant que tel et donc perceptible et reconnaissable par tous (il doit également être signalé par un revêtement tactile pour les aveugles et un contraste de couleur pour les malvoyants).

Tous les arrêts de bus de l’agglomération de Stockholm doivent également être protégés de différents dangers (à l’écart des pistes cyclables par exemple) et être bien éclairés. Ils doivent en outre posséder une poubelle et un abri muni d’un banc possédant au moins un accoudoir.

De surcroît, il est obligatoire qu’un tableau d’information figure dans chaque abris bus de la capitale, détaillant en caractères suffisamments larges les horaires de bus, et possédant une carte routière du voisinnage. Les trottoirs et autres voies menant à cet abri-bus doivent finalement être accessibles à tous, et la hauteur du trottoir se monter à 16 centimètres (assez haut pour permettre aux gens d’embarquer ou de débarquer, mais pas trop afin de permettre aux personnes à mobilité réduite de le franchir).

Le  » St Julian Prize »

Toujours dans le cadre du projet « Stockholm capitale la plus accessible du monde en 2010 », un prix d’honneur a été créé et décerné pour la première fois en 2006, qui récompense les commerçants de Stockholm qui ont aménagé leurs locaux de façon à ce qu’ils soient accessibles à tous, en tenant compte aussi bien du milieu physique que de l’accueil réservé par l’établissement à ses visiteurs.

Ce prix, appelé « St Julian Priset », est attribué dans quatre catégories :

1. Magasins et banques
2. Restaurants, bars et cafés
3. Cinémas, théâtres et locaux culturels
4. Hôtels et centres de conférences.

Le jury, composé de représentants de la ville de Stockholm, d’ organisations de personnes handicapées et de l’Association suédoise des architectes, teste les locaux par rapport aux besoins des personnes atteintes de divers handicaps. Ils examinent entre autres la façon dont le personnel traite les visiteurs, la facilité d’accès en fauteuil roulant, le niveau de bruit, la clarté des menus, etc.

C’est par exemple le café « Bruno Café & Lounge », situé dans le quartier branché de Södermalm, qui a remporté le prix en 2006 dans la catégorie restaurants, bars et café . Le jury a en effet estimé que ce café était « un excellent exemple de rénovation d’un immeuble ancien, dans laquelle l’accessibilité des personnes à mobilité réduite avait été intégrée avec simplicité et bon goût dans l’architecture » (propos recueillis par Helena Bornholm pour le site « sweden.se ».)

Un exemple d’initiative privée : les hôtels Scandic

La chaîne d’hôtels Scandic, filiale de Hilton dans les pays scandinaves, est un parfait exemple de la rencontre entre les initiatives privées et le projet « Stockholm 2010 ».

En effet, il y a de cela quelques années, les gérants de ce groupe d’hôtels de luxe ont décidé de mettre en place un programme visant à rendre leurs hôtels accessibles à tous, aussi bien pour des raisons éthiques qu’économiques, puisque comme l’explique Magnus Berglund, ambassadeur du Handicap pour Scandic, la récente politique de la chaîne d’hôtel de luxe en faveur des personnes handicapées leur a permis d’attirer un nouveau type de clientèle, auquel les autres hôtels sont souvent peu adaptés.

Lorsque le Scandic Sergel Plaza, situé en plein cœur de Stockholm, s’est vu décerner le S:t Julian Priset dans la catégorie « hôtels et centres de conférence », ce sont donc les efforts de toute la chaîne qui ont été récompensés, puisque l’obtention de ce prix est le fruit d’une politique globale, et non d’un effort ciblé sur les hôtels de la capitale suédoise en vue de l’objectif « Stockholm 2010 ». Le groupe Scandic travaille en effet intensivement et depuis plusieurs années à améliorer l’accessibilité de ses établissements. Principalement, un poste d’ « ambassadeur du handicap » a été crée, actuellement occupé par Magnus Berglund (voir photo n°1).

La mission de cet ambassadeur est notamment de susciter chez tous les employés de la chaîne hôtelière une prise de conscience des différents obstacles qui se posent à une personne handicapée qui souhaite séjourner dans un des hôtels de la chaîne. Notamment, des stages de formation du personnel ont été mis en place.

Chaque employé de la chaîne Scandic, du réceptionniste au cuisinier en passant par la femme de ménage et le manager ont ainsi suivi une formation, leur permettant de mieux cerner les besoins des personnes handicapées, en se déplaçant entre autres en fauteuil roulant une journée durant. Cela a par exemple fait prendre conscience aux femmes de ménage que l’endroit où elles plaçaient les serviettes de toilette ne pouvait pas être atteint d’un fauteuil roulant, ou aux cuisiniers que le buffet du restaurant de l’hôtel était placé trop haut.

De ces différentes prises de consciences ont émané un programme en 93 points, élaboré en collaboration avec les organisations de handicapés et les clients des hôtels. La plupart de ces points correspondent à des détails, qui comme le souligne Magnus Berglund, ne sont souvent pas très onéreux, mais facilitent grandement la mobilité des personnes handicapées.

Ainsi, les hôtels Scandic possèdent désormais des places de parking réservées aux personnes handicapées et sur lesquelles est peint en grands caractères un numéro de téléphone que ces personnes peuvent appeler au cas où elles auraient besoin d’assistance pour sortir de leur véhicule et se rendre à la réception, un bureau de réception plus bas que les autres, et adapté aux personnes en fauteuil roulant, ainsi que des « portes cannes » évitant à celles ci de glisser et de tomber, ce qui pose ensuite des problèmes aux personnes à mobilité réduite pour les rattraper, etc.

Un grand soin est également apporté à ce que la totalité de l’hôtel soit accessible à tous : installation de rampes d’accessibilités lorsque les dénivellations l’exigent, contrastes dans la couleur de la moquette signalant des escaliers, installation de bandes magnétiques destinées à faciliter le dialogue des personnes souffrant de déficiences auditives avec les réceptionnistes, ascenseurs spacieux, avec des touches disposées à un niveau accessibles par tous, traduites en braille, et annonçant de manière sonore les étages pour les aveugles, etc…

Hormis ces détails concernant les parties communes, chaque hôtel Scandic dispose désormais de chambres spécialement aménagées pour les personnes handicapées. Le Scandic Sergel Plazza en compte par exemple quatre, et l’Hôtel Anglais, le second hôtel Scandic de Stockholm, en compte vingt-trois, même si ces chambres peuvent être louées indistinctement à des personnes handicapées ou non.

Ces chambres sont de catégories 1 et coûtent le même prix qu’une chambre classique. Elles disposent toujours de lits jumeaux, dont l’inclinaison peut être réglée électroniquement, d’une salle de bain spécialement aménagée (portes savons placés plus bas, installation de rampes sur les toilettes, douches spacieuses…).
D’autres variantes par rapport aux chambres « classiques » rendent ces chambres plus adaptées aux besoins des personnes handicapées. Par exemple, les rideaux peuvent se fermer électriquement, par simple pression d’un bouton, la télé est fixée au mur afin de ne pas entraver la circulation en fauteuil dans la chambre, le niveau des portemanteaux et de la penderie est rabaissée de manière à ce qu’ils soient accessibles d’un fauteuil roulant.

Par ailleurs, les personnes allergiques peuvent commander des petits déjeuners spéciaux – par exemple sans gluten -, et les persones souffrant de déficiences auditive ont la possibilité de demander à la réception un réveil muni d’un capteur qui se place sous l’oreiller et emettant des vibrations, à l’heure souhaitée mais également en cas d’alarme incendie, système dont les hôtels Scandic sont les seuls à disposer.

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