Le systéme scolaire finlandais

Une note de Marine Tondelier, écrite en décembre 2006

L’intérêt pour le système scolaire finlandais, décrit succinctement ici, provient des résultats finlandais au programme PISA de l’OCDE. Ce programme, mis en place par l’OCDE en 2000, a pour objectif d’estimer les résultats des apprentissages des étudiants de 15 ans en mathématiques, en sciences et en lecture. Tous les trois ans, 4500 à 10 000 étudiant de chaque pays de l’OCDE et de certains autres pays sont ainsi soumis pendant deux heures à des épreuves écrites dans leur propre école.

Déjà en tête du classement de l’enquête PISA 2000 qui avait évalué les connaissances de 250 000 élèves de 41 pays et avait essentiellement porté sur la maîtrise de la lecture, la Finlande a confirmé, lors de l’enquête PISA 2003, ses bons résultats en la matière, tout en améliorant ses performances en mathématiques et en science. Les élèves finlandais se sont en effet classés premiers en littérature, avec un score d’en moyenne 543 points, en distançant la Corée, qui s’est classée deuxième, de pratiquement 10 points. Ils ont en outre décroché la première place en Sciences, avec 548 points en moyenne par élève tandis que la moyenne pour l’OCDE était de 500 points. Les élèves Finlandais s’étaient pour finir classés deuxième en mathématiques, avec une moyenne de 544 points par élèves, derrière HongKong qui a obtenu une moyenne de 550 points.

Mais les excellents résultats de la Finlande ne sont pas seulement dus au fait que les étudiants finnois figurent en haut du classement dans chaque matière clefs. En effet, à cela s’ajoute que les différences de niveau entre les étudiants, les écoles et les régions étaient comparativement très faibles dans ce pays.

En attendant les conclusions de l’enquête PISA 2006, à laquelle ont pris part environ 58 pays durant les mois d’avril et mai dernier et dont les résultas sont attendus pour le début de l’année 2007, la Finlande accueille un nombre record de visiteurs venus du monde entier venus observer les particularités de son système scolaire. C’est ainsi qu’en 2005, l’Agence finlandaise pour l’Education a organisé 120 visites pour un total de 1200 visiteurs (soit deux fois plus que l’année précédente), qui ont pu assister à des conférences faites par des experts du système éducatif finlandais et visiter des établissements scolaires. Ces visiteurs venaient de plus de 30 différents pays, en particulier d’Allemagne et du Japon mais aussi de Grande Bretagne, de Hollande, de Chine et de Corée.

L’école obligatoire

Les enfants qui résident en Finlande de manière permanente – y compris les enfants de ressortissants d’autres pays – ont l’obligation, fixée par la loi, de satisfaire au cursus de l’école fondamentale, obligation qui débute en général l’année des sept ans. L’école fondamentale dure neuf ans, et l’obligation pour l’élève de la fréquenter prend fin soit lorsque l’élève a satisfait au cursus prévu, soit lorsque dix années se sont écoulées depuis l’obligation de recevoir une instruction.

Les écoles fondamentales sont en majorité dirigées par les municipalités (seules 58 écoles fondamentales sur plus de 4000 sont privées) et les parents ont, dans certaines limites, la liberté de choisir dans quelle école ils souhaitent que leur enfant soit scolarisé.

L’éducation au sein de l’école fondamentale est la même pour tout le monde pendant 9 ans, et se divise en deux cycles. Le premier cycle, de la 1ère à la 6ème classe, est destiné aux enfants de 7 à 13 ans, tandis que le second cycle, de la 7ème à la 9ème classe, concerne les enfants de 13 à 16 ans. Durant la scolarité de base, les élèves étudient leur langue maternelle, la seconde langue nationale, les langues étrangères, l’histoire, la géographie, les sciences sociales, les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, l’environnement, la religion (ou la morale si les parent préfèrent que leur enfant reçoive un enseignement non confessionnel) , l’éducation physique et sportive, la musique, le dessin et enfin les travaux manuels et ménagers. En outre, les élèves peuvent choisir des matières optionnelles en fonction de leur intérêt.
L’accent est par ailleurs mis en Finlande sur le fait qu’aucune sélection ne doit avoir lieu au cours de la scolarité obligatoire. Les redoublements et les abandons sont ainsi extrêmement rares, et les élèves nécessitant un enseignement adapté en raison d’un problème d’apprentissage, même mineur, d’un retard de développement, d’un handicap ou encore d’une maladie, peuvent être accueillis dans des structures d’éducation spéciale, qui sont dans la mesure du possible rattachées à l’éducation classique.
L’éducation fondamentale n’est pas sanctionnée par un diplôme, mais rend les élèves éligibles à tout le second cycle de l’enseignement secondaire. Les élèves ayant achevé l’école obligatoire peuvent également faire le choix d’étudier une dixième année à l’école fondamentale, de manière volontaire. Cette option, dont environ 3% des élèves profitent, permet aux jeunes gens en difficulté scolaire de consolider leurs connaissances et les encourage ainsi à poursuivre ensuite leurs études au niveau du second cycle de l’enseignement secondaire.
Le second cycle de l’enseignement secondaire

Aussitôt l’école obligatoire achevée, la sélection rattrape les élèves. L’accès au deuxième cycle de l’enseignement secondaire donne en effet lieu à une compétition nationale drastique. Après l’école de base, les jeunes souhaitant continuer leurs études, c’est à dire la large majorité d’entre eux, ont en effet le choix entre l’enseignement secondaire de culture générale (Lukio) et l’enseignement professionnel de base, dispensé dans les écoles professionnelles. Une demande d’entrée générale est faite simultanément pour les lycées et pour presque tous les établissements professionnels secondaires. Les élèves sont choisis selon leurs notes d’école, mais certains établissements d’enseignement professionnel imposent en outre un concours d’entrée ou un examen linguistique.

Le lycée

Environ 55% des élèves quittant l’école obligatoire optent pour la filière générale. Les 435 lycées finlandais dispensent un enseignement de culture générale à des élèves qui ont normalement entre 16 et 19 ans, et leur permet de pouvoir ensuite poursuivre des études supérieures dans tous les domaines.
Tout au long du lycée, les cours sont de trois types : matières obligatoires, cours de perfectionnement et cours d’application. Les cours obligatoires sont les mêmes pour tous les élèves, tandis que les cours approfondis concernent au choix les langues, les sciences humaines ou les sciences pures selon leurs goûts. Par ailleurs, les cours d’application peuvent être soit des compléments aux matières déjà enseignées, soit une initiation à d’autres matières. Chaque établissement en décide souverainement. Ces types de cours peuvent aussi être offerts en collaboration avec d’autres établissements, par exemple les écoles professionnelles ou les conservatoires de musique. En outre, le choix de leurs matières et de leur emploi du temps est si complexe que les élèves suivent souvent un « cours d’orientation scolaire ».

L’année est divisée en cinq périodes de sept semaines : on consacre au cours de chaque période six semaines à l’études puis des examens sont mis en place la septième semaine pour évaluer tout ce qui a été appris pendant la période. Par ailleurs, comme le rythme d’apprentissage des connaissances et la progression dans les études sont individuels et que la formation des groupes d’élèves dépend des choix que ceux-ci font des différents cours, les « classes » organisées par âge (comme nos 2nde, 1ère et Terminale françaises) ont totalement disparu des lycées finlandais. De même, bien que la durée normale du lycée soit de 3 ans, celui-ci peut exception-nellement être accompli en 2 ans, ou en 4 ans au maximum.

Le lycée s’achève par un examen (ylioppilastutkinto), dont l’organisation, la correction et la notation sont entièrement gérés au niveau national selon des critères communs. Cet examen évalue les connaissances des lycéens dans quatre matières : leur langue d’origine, la deuxième langue nationale, une langue étrangère et enfin les mathématiques ou une matière moderne (autre que les mathématiques et les langues). En plus des épreuves obligatoires, le candidat peut également participer à des épreuves optionnelles.

L’enseignement professionnel secondaire

En moyenne 39% des élèves qui sortent chaque année de l’école de base s’orientent vers l’enseignement professionnel secondaire, qui dure trois ans et dont l’objectif est de donner aux élèves les connaissances et les compétences nécessaires à leur qualification professionnelle et de les préparer à l’exercice d’un métier indépendant.

On dénombre soixante-quinze diplômes professionnels de base, dont l’éventail se compose des branches suivantes : ressources naturelles, commerce et administration, tourisme, restauration et gestion, affaires sociales et santé, culture, loisirs, activités physiques et sportives.

Dans leur forme classique, ces diplômes sont constitués de 120 unités. Leur obtention suppose alors l’étude de matières générales, qui sont les même pour toutes les branches et valent au total 20 unités : langue maternelle, seconde langue nationale, langue étrangère, mathématiques, physique, chimie, art et culture, hygiène du sport et enfin « connaissances de la société, de l’entreprise et de la vie professionnelle ». En marge de ce tronc commun, les élèves étudient des matières professionnelles spécifiques à chaque diplôme, qui comptent au maximum pour 70 unités, et doivent effectuer plusieurs stages guidés en entreprise représentant au moins 20 unités. Pour finir, 10 unités sont choisies librement par l’élève.

Par ailleurs, l’enseignement professionnel initial peut être dispensé en Finlande selon la formule de l’apprentissage, et donc être fondé sur un contrat d’apprentissage passé entre l’élève et son employeur, et visé par le responsable de la formation. Il est en outre possible d’obtenir un diplôme professionnel de base par la procédure du diplôme-test, c’est à dire que l’élève, au cours d’une épreuve à caractère démonstratif, fait la preuve qu’il maîtrise les connaissances et les aptitudes requises par sa future profession devant un jury (les participants proviennent souvent de la vie active.)

Les établissements d’enseignement supérieur

L’enseignement supérieur finlandais différencie deux secteurs parallèles : les universités et les instituts supérieurs de formation professionnelle. En outre, l’Ecole supérieure de la Défense nationale, qui ne dépend pas du Ministère de l’Education mais du Ministère de la Défense, assure la formation supérieure dans le domaine militaire.

Toutes les disciplines sont en Finlande soumises au numerus clausus, le nombre de places offertes étant déterminé par les établissements sur la base du cadre fixé par le gouvernement. Ce sont ensuite les établissements qui déterminent eux-mêmes les critères d’admission et gèrent la sélection des étudiants. Le plus souvent, les étudiants sont sélectionnés en fonction des notes obtenues au baccalauréat ou au certificat de fin d’études secondaires, et selon leurs résultats au concours d’entrée si l’établissement décide d’en organiser un.

Les études sont si appréciées en Finlande que le nombre des demandes d’inscription reste largement supérieur au nombre de places disponibles, notamment depuis que l’enseignement supérieur a été étendu aux diplômés de l’enseignement professionnel de base en 1991. Pour améliorer l’utilisation des places disponibles, la procédure d’inscription obéit, depuis l’année universitaire 1999-2000, au principe de l’inscription unique : tout étudiant ne peut accepter dans la même année qu’une seule place, soit dans une université, soit dans une école professionnelle supérieure.

Conformément à la récente harmonisation des diplômes de l’enseignement supérieur dans les pays membres de l’Union européenne, les études sont quantifiées en Finlande au moyen de crédits (ECTS), un an d’études à plein temps correspondant à 60 crédits.

– LE « KANDIDAATIN TUTKINTO » (licence): ce diplôme inférieur de l’enseignement supérieur exige au moins trois ans d’études à plein temps et vaut 180 crédits.
– LE « MAISTERIN TUTKINTO » (mastère) : ce diplôme supérieur exige au moins cinq années d’études à plein temps, ou deux ans après la licence, et vaut 300 crédits.
– LE « LISENSIAATIN TUTKINTO » (DEA): ce diplôme peut être obtenu dans de nombreuses disciplines avant le doctorat, et nécessite deux ans d’études à temps plein après le mastère. Il vaut 420 crédits.
– LE « TOTTORI TUTKINTO » (doctorat): ce diplôme exige quatre ans d’études à temps plein après le mastère et vaut 540 crédits. En plus des études requises, les étudiants de doctorat préparent une dissertation, qu’ils auront ensuite à défendre en public.
Les universités finlandaises

L’institution universitaire perpétue la plus longue tradition de l’histoire de l’enseignement en Finlande, puisque la première université fut crée à Turku en 1640. Les vingt universités finlandaises (dix universités à vocation pluridisciplinaire, trois écoles polytechniques, trois écoles de commerce et quatre écoles artistiques) sont la propriété de l’Etat, lequel est d’ailleurs leur principale source de financement (les universités ne perçoivent pas de droits semestriels en Finlande.) Bénéficiant d’une autonomie et d’une liberté de recherche, les universités sont par ailleurs très indépendantes dans leurs affaires internes. Les universités et les facultés qui les composent décident par exemple elles-mêmes de la réglementation des diplômes et des programmes d’enseignement.

Selon la loi qui régit le fonctionnement des universités finlandaises, l’objectif de celles-ci doit être de « promouvoir la recherche gratuite, ainsi que l’éducation scientifique et artistique, de fournir une éducation supérieure basée sur la recherche, et enfin d’éduquer les étudiants pour qu’ils servent leur pays ainsi que l’humanité tout entière ». En accomplissant cette mission, les universités doivent « interagir avec la société qui les entoure et renforcer l’impact des découvertes de la recherche et des activités artistiques sur la société. »

Les établissements d’enseignement professionnel supérieur

Le système d’écoles supérieures professionnelles est relativement récent, puisque le premier établissement de ce type a été crée en tant que projet-pilote durant l’année scolaire 1991-1992 afin de mettre en place un secteur non-universitaire d’enseignement supérieur, et que l’officialisation de ce type d’établissement n’est intervenue progressivement qu’entre 1996 et 2000.

Il y a 29 établissements d’enseignement supérieur (aussi appelées établissement AMK) en Finlande, auxquels s’ajoute l’Université de sciences appliquées de la province autonome d’Åland. Ces établissements se distinguent des universités en ce sens qu’au lieu d’être la propriété de l’Etat, ils sont gérés par les communes, voire par des entités privées, ce qui ne les empêche pas d’être, tout comme les universités, autonomes quant à leurs affaires internes.

Les écoles d’enseignement supérieur proposent des diplômes supérieurs ayant une finalité professionnelle plus marquée que les diplômes universitaires. Elles forment des experts en réponse aux besoins du marché du travail dans les secteurs suivants : ressources naturelles, technique et transport, administration et commerce, tourisme, restauration et économie, santé et protection sociale, culture, enseignement et humanisme.

L’obtention du diplôme (ammattikorkeakoulukinto) demande trois ans et demi ou quatre ans. Les élèves étudient des disciplines générales ou spécialisées, des disciplines facultatives, effectuent des stages (d’une durée totale d’au moins un semestre) et rédigent un mémoire de fin d’étude. Un système de diplôme encore supérieur a de plus été mis en place après une période d’essai durant l’année 2005 dans les branches pour lesquelles les besoins de la vie s’y prêtaient.

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