L´accueil préscolaire des enfants en Suéde

Une note de Marine Tondelier, 2007
En Suède, la scolarité obligatoire ne débute qu’à l’âge de sept ans. La mise en place de structures d’accueil pour les enfants suédois avant leur entrée à l’école obligatoire, poursuit donc un double objectif. Tout d’abord, ces structures permettent aux parents de concilier vie de famille et vie professionnelle avant l’entrée de leurs enfants à l’école. De plus, ce système d’accueil de l’enfance stimuler le développement et l’apprentissage des enfants, conformément à l’objectif de la formation tout au long de la vie.

Ce double objectif est d’ailleurs parfaitement symbolisé par le fait que la responsabilité de l’accueil de l’enfance suédoise ait successivement été confiée au ministère de la santé et des affaires sociales (jusqu’au 1er juillet 1996) puis au ministère de l’éducation.


L’accueil des enfants de moins de 6 ans
Dans les années 60, la demande de main d’œuvre féminine s’est accrue, rendant de plus en plus nécessaire le développement des services de garde pour les enfants. Le gouvernement a donc mis sur pied en 1968 la Commission des maisons d’enfant, qui a entre autre jeté les bases du modèle suédois d’accueil préscolaire.

Malgré un effort important dans les années 1970 et 1980, les communes ne parvenaient pas à résorber les listes d’attente des services d’accueil, ce qui explique une renforcement de la législation en 1995. Les communes sont obligées depuis cette date de mettre immédiatement des places à la disposition des enfants dont les parents travaillent ou étudient.

Les listes d’attente initiales se sont depuis raccourcies, et les équipements suffisent aujourd’hui à couvrir l’essentiel des besoins, ce qui a manifestement eu un rôle clef dans le rapprochement entre les taux d’activités féminins et masculins. Selon des questionnaires adressés aux parents, on estime cependant que 1 ou 2% des enfants qui en ont besoin n’ont pas encore de place dans un service d’accueil.

Les activités préscolaires (förskoleverksamhet) peuvent être en Suède de différents types. Tout d’abord, elles ont le plus fréquemment lieu dans des structures très proches de nos écoles maternelles, les « förskola ». Des crèches familiales existent également, dans lesquelles les enfants sont pris en charge par des assistantes maternelles (familjedaghem). Enfin, même si ces structures sont de plus en plus rares, il existe également des écoles maternelles dites ouvertes (öppen förskola), au sein desquelles les parents accompagnent en général leurs enfants tout au long de la journée.

Les structures publiques d’accueil de l’enfance ont connu une expansion rapide au cours des trente dernières années. De 1970 à 2000, le nombre d’enfants inscrits dans les écoles maternelles, les centres périscolaires et les crèches familiales a plus que décuplé, passant de 61 000 à 705 000. A l’heure actuelle, plus de 80% des enfants de 1 à 5 ans fréquentent les förskola.

Il existe des centres d’activité préscolaire privés, auxquels les communes versent des subventions correspondant au montant des dépenses par enfant dans un établissement communal équivalent. De plus, les droits d’inscription ne doivent pas excéder ceux que demande la commune. En 2003, 17% des enfants inscrits en maternelle fréquentaient un établissement géré par un organisme privé. L’enseignement des écoles privées doit essentiellement avoir les mêmes objectifs que les écoles municipales, mais leur orientation peut être différente. Il peut par exemple s’agir d’écoles à orientation pédagogique particulière comme les pédagogies Montessori ou Waldorf. Si les écoles privées ne se conforment pas aux dispositions en vigueur, la Direction nationale de l’enseignement scolaire peut leur retirer leur homologation.

Les activités préscolaires s’adressent aux enfants ayant 12 mois accomplis jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge d’entrer à l’école, c’est à dire jusqu’à 6 ou 7 ans. Comme noté précédemment, les municipalités sont tenues d’organiser des activités préscolaires pour les enfants dont les parents travaillent ou étudient, ainsi que pour les enfants présentant un besoin particulier d’activités de ce type. Cette obligation a été étendue entre 2001 et 2003 aux enfants de chômeurs et de travailleurs ayant pris un congé parental pour s’occuper d’un autre enfant. Les municipalités sont actuellement dans l’obligation d’accueillir ces enfants au moins trois heures par jours, ou 15 heures par semaine.

L´enseignement préscolaire a son propre programme depuis l’automne 1998, dont les valeurs démocratiques fondamentales comme le respect et le soucis des autres, la solidarité, l’égalité entre les sexes et la tolérance sont des éléments importants. Une grande place est faite au jeu ainsi qu’aux activités créatives, qui aident l’enfant à comprendre le monde qui l’entoure, contribuent à développer son imagination et sa créativité et lui apprennent à coopérer avec autrui. Un autre trait distinctif de l’accueil de l‘enfance en Suède est une large coopération entre les parents et les éducateurs. Par exemple, par des moyens tels que les réunions de parents et des entretiens réguliers avec le personnel sur le développement de leur enfant, les parents ont la possibilité de participer et d’exercer leur influence.
Qualité des services d’accueil de l’enfance

Les enseignants de l’école maternelle et les animateurs de loisir ont une formation pédagogique supérieure de trois ans, comportant des options axées sur la pédagogie, la psychologie du développement, la sociologie de la famille et les activités créatrices.

La loi fixe des exigences générales en matière de qualité des services proposés. Ainsi, les établissement doivent disposer d’un personnel possédant la formation ou l’expérience requise pour répondre aux besoins de prise en charge et d’activité pédagogique des enfants. Les groupes d’enfants doivent être d’une taille et d’une composition appropriée, les locaux doivent être fonctionnels. Les activités doivent partir des besoins de chaque enfant et les enfants à besoins spécifiques doivent recevoir le soutien nécessaire. Ces règles générales sont appliquées par les communes avec l´aide des recommandations de l´Agence Nationale.

Malgré tout, l’accueil de l’enfance a eu à subir des coupes budgétaires importantes dans les années 1990, comme d’autres parties du secteur public suédois. Par conséquence, la taille des groupes a augmenté, corrélativement à une baisse des taux d’encadrement. Par exemple, entre 1990 et 2003, la taille moyenne des groupes est passée de 14 enfants à 17 à l’école maternelle. Cette tendance a toutefois été enrayée ces dernières années, et en 2003 le nombre d’enfants par membre du personnel était de 5.4, un niveau qui est resté a peu près inchangé depuis 1999.

Les classes préscolaires pour les enfants de 6 ans

Cette nouvelle forme de scolarité a été mise en place le 1er janvier 1998, pour les enfants de 6 ans. Depuis cette date, même si la scolarité obligatoire débute toujours comme nous l’avons noté précédemment à 7 ans, un enfant peut, si ses parents le souhaitent, commencer l’école un an plus tôt. Les classes préscolaires sont donc facultatives, mais presque tous les enfants de 6 ans qui ne sont pas encore entrés à l’école de base la fréquentent. Ainsi, en octobre 2002, sur tous les enfants de 6 ans que compte la suède, 94% fréquentaient les classes préscolaires. La moitié des 6% restant ne les fréquentaient pas car ils avaient déjà été acceptés au sein de l’école primaire obligatoire.

Ces classes font partie intégrante du système d’enseignement public, et sont considérées comme un enseignement, au même titre que celui dispensé au cours du reste de la scolarité. L’éducation dispensée au niveau préscolaire vise à stimuler l’apprentissage et le développement de chaque enfant, et à jeter les bases de l’enseignement ultérieur. Les classes préscolaires doivent en effet être réellement considérées comme un moyen pour les enfants suédois de se préparer aux objectifs du programme qui sera ensuite étudié à l’école primaire obligatoire. D’ailleurs, preuve en est que le programme officiel dictant les objectifs à atteindre pour l’école primaire obligatoire (Lpo94) est aussi celui qui encadre l’enseignement des classes préscolaires. Ce programme date d’octobre 1998 et prévoit notamment que la classe d’accueil préscolaire comprend un minimum de 525 heures par an.

Les municipalités peuvent accorder à des établissements privés l’autorisation d’organiser des classes d’éducation préscolaires. Sur tous les écoliers fréquentant ce type de classe à l’automne 2002, 6.4% étudiaient dans une école privée sous contrat avec la municipalité, une école indépendante ou une école internationale, mais ce taux varie d´une municipalité à l´autre.. Ainsi, certaines communes dans la banlieue de Stockholm enregistrent un taux pouvant aller jusque 28% d’enfants de 6 ans inscrits dans des établissements à gestion privée ou indépendants, tandis que ce pourcentage est nul dans plus de la moitié des municipalités suédoises.

Les municipalités sont tenues, depuis le 1er juillet 1997, d’offrir une place en classe d’accueil à partir du trimestre d’automne de l’année au cours de laquelle l’enfant fête son sixième anniversaire, jusqu’à ce qu’il entame sa scolarité obligatoire. Au cours de l’année scolaire 2002/2003, 285 sur 289municipalités suédoises possédaient au moins une classe préscolaire. Les quatre communes n’en possédant pas expliquaient que tous ou la majorité de leurs concitoyens en âge de fréquenter de telles classes avaient déjà été admis à l’école primaire obligatoire ou fréquentaient des établissements privés.

Les municipalités peuvent demander un droit d’inscription raisonnable pour l’admission dans un établissement d’éducation préscolaire. Elles déterminent elle-même leur montant. Dans les années 1990, les tarifs ont fortement augmenté, et de plus en plus ont été indexés sur les revenus familiaux et des heures de présence des enfants. Il était donc devenu peu rentable économiquement parlant pour une femme d’accroître sa durée de travail ou de reprendre celui-ci après une période d’inactivité.

Pour remédier à de tels effets pervers, ce coût ne peut dorénavant plus être supérieur au coût réel assuré par la municipalité, ni atteindre un montant susceptible de dissuader certains parents d’inscrire leur enfant à des activités qui leurs seraient bénéfiques. Un système de plafonnement des droits d’inscription a ainsi été mis en place au 1er janvier 2002. Aujourd’hui, les droits d’inscription pour les établissement préscolaires sont limité à entre 1 et 3 % du revenu familial, selon le nombre d’enfants de la famille, et ne peuvent dépasser 1 260 SEK (136 euros) pour le premier enfant, 840 SEK (90,72 euros) pour le deuxième et 420 SEK (45,36 euros) pour le troisième.

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