Généralités sur le systéme scolaire suédois

Une note de Marine Tondelier (2007)

La politique suédoise de l’éducation repose sur notion que l’éducation est peut être la force motrice la plus puissante de la croissance économique, ainsi qu’un moyen d’enraciner la démocratie suédoise. Le concept de formation tout au long de la vie (« Lifelong learning ») est la véritable pierre angulaire du système d’éducation et de formation suédois.

Illustration de l’accent mis sur le principe de « formation tout au long de la vie » en Suède, la responsabilité des activités préscolaires a été transférée en janvier 1998 du ministère de la santé et des affaires sociales au ministère de l’Education et des sciences. Cela souligne l’importance accordée à l’éducation reçue durant la petite enfance dans le processus de formation tout au long de la vie.

La scolarité commence donc dans les crèches et les garderies ainsi que dans les classes préscolaires, qui sont fréquentées par la plupart des jeunes suédois n’ayant pas encore l’âge de l’école obligatoire, c’est à dire 7 ans. Celle-ci continue ensuite par l’école obligatoire qui dure 9 ans, puis par l‘enseignement secondaire du second cycle et enfin par l’enseignement supérieur.


L´historique

La tradition éducative suédoise remonte au XIIIéme siècle. En effet, c’est à cette époque que les écoles dépendant des monastères viennent compléter puis remplacer la tradition d’enseignement et d’apprentissage oral, qui prenait la forme de chanson et de ballade apprises par cœur. Dès le début du XVIIème siècle, et suite au déclin des écoles dépendant de l’Eglise après la Réforme, on assiste à la fondation des écoles secondaires dans les évêchés.

C’est néanmoins la signature de la loi Folkskola sur l’éducation populaire par le roi Carl Johan XIV au mois de juin 1842 qui est communément considérée comme le point de départ officiel du système scolaire public suédois. Pour la première fois, une loi contraint les enfants suédois à fréquenter l’école. Chaque paroisse est tenue de disposer d’au moins une école, employant un professeur formé au séminaire.

La qualité de la nouvelle école élémentaire est extrêmement disparate pendant environ un demi siècle. En effet, la nouvelle loi sur l’école publique (statuts sur l’école de 1842, 1842 ärs Folkskolestagda) n’est accompagnée que de faibles subventions publiques. La plupart des paroisses rencontrent donc des difficultés pour appliquer cette décision. Ainsi, la concrétisation de cette idée nécessite un certain nombre d’années et une lutte politique permanente. Un processus de réforme va donc être engagé par l’Etat suédois à la fin du XIXème pour créer un système éducatif plus global. Ce processus ne s’accélère et ne prend cependant une ampleur significative qu’au cours des années 1940.
Près d’un siècle après le vote du Folkskola Act, un effort particulier est alors mené par l’Etat suédois pour intégrer et confondre les différentes traditions éducatives au sein d’un système public unique. Le processus de mise en application de cette réforme nécessitera plus d’un demi-siècle. La principale ambition politique est alors de réunifier d’une part la tradition de l’enseignement secondaire et universitaire, et d’autre part celle de l’école populaire en un seul système unifié ou global.

En 1946, une commission politique (commission scolaire de 1946, 1946 ärs skolkommission) reprend le travail de la mission gouvernementale sur l’enseignement public de 1940 et suggère un modèle scolaire « 8+1 » ( 6 années communes à tous les élèves et une période limitée, réservée à une différenciation dans l’organisation au cours de la 7ème et de la 8ème année, suivie d’une division en programmes séparés la dernière année).

En 1957, une nouvelle commission gouvernementale (commission de 1957 sur l’école, 1957 ärs skolberedning) est chargée de mettre un terme à la Realskola, qui fonctionnait alors comme une passerelle entre l’école élémentaire et le second cycle de l’enseignement secondaire, appelé Gymnasium, et de développer un modèle de système nouveau, plus intégré.

Le gouvernement présente en 1962 un nouveau projet de loi sur l’école, qui repose sur le rapport final de la commission « Grundskolan » (école élémentaire). La même année, le Parlement vote le projet, ce qui marque un tournant dans la définition de l’éducation suédoise moderne.

Cette réforme du système scolaire suédois est prolongée par la réforme du second cycle de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur, introduite et mise en œuvre au cours des années 1970 et 1980. Ces réformes comprennent plusieurs mesures, comme par exemple l’élargissement des critères d’admission des étudiants, la création de nouveaux cycles courts d’enseignement professionnel ainsi que la diversification des possibilités d’éducation pour les adultes.

Les structures nationales

Le système de formation suédois est extrêmement décentralisé, ce qui pose souvent des difficultés lorsqu’il s’agit d’identifier les structures responsables de telle ou telle forme d’enseignement.

Ce sont le Parlement ainsi que le Gouvernement qui ont la responsabilité globale du système d’éducation public suédois. La responsabilité technique est principalement partagée entre deux ministères. D’un côté, le Ministère chargé de l’Education supervise l’école obligatoire ainsi que le second cycle de l’enseignement secondaire et la formation municipale des adultes, tandis que le Ministère chargé de l’Emploi est chargé de la formation et de l’enseignement professionnel continu.

La responsabilité des Ministères est à titre principal de préparer et de mettre en œuvre les propositions de lois et les résolutions du gouvernement. Ces ministères sont de taille volontairement restreinte (environ 150 personnes par ministère), une des caractéristiques du système suédois étant la division des responsabilités entre les ministères et les agences nationales.

Comme dans de nombreux autres secteurs de l´action publique, les agences nationales sont responsables de la mise en oeuvre des objectifs nationaux et doivent s’assurer que les réglementations sont correctement mises en œuvre. Elles peuvent prendre des décisions de manière autonome, du moment que ces décisions vont dans le sens des objectifs définis par le Parlement et le Gouvernement. Les agences nationales soumettent chaque année leur rapport annuel et leur proposition de budget au gouvernement.

On recense quatre agences dans le champ éducatif :

– L’Agence nationale pour l’Education suédoise est la plus influente. Elle est chargée de surveiller, d’évaluer et de subventionner les écoles et de contribuer à leur développement. Cette agence est également en charge de la coordination de la recherche, de la formation des chefs d’établissement et ainsi que de la formation continue des enseignants.

– L’Agence suédoise pour l’Education spéciale a pour objectif de faciliter l’accès à la formation aux étudiants souffrant de handicaps ou éprouvant des difficultés d’apprentissage.

– L’agence nationale pour l’Education supérieure supervise les activités universitaires

– L’Agence nationale des services à l’Université et aux collèges universitaires assiste les universités dans leurs dépenses et dans l’admission des étudiants
Une éducation très décentralisée

La Suède est un pays très décentralisé depuis la loi de 1991, qui a donné aux municipalités et aux comtés un rôle essentiel dans la mise en oeuvre de la politique scolaire.

Le niveau régional consiste en 21 comtés, qui sont responsable du Särvux, c’est à dire de l’éducation des adultes éprouvant des difficultés d’apprentissage, et de certaines écoles populaires. De plus, les études d’agriculture, de sylviculture ainsi que d’horticulture se déroulent dans des écoles gérées par les comtés.

Les 288 municipalités suédoises ont la responsabilité de la mise en œuvre des activités scolaires au sein du cadre fixé par le Parlement (Riksdagen) et le Gouvernement (Regeringen). Leurs compétences s’exercent autant dans l’organisation de la scolarité et de l’allocation des ressources que pour ce qui est du suivi et de l’évaluation des activités scolaires.

Sur le plan organisationnel, les municipalités sont responsables de la mise en œuvre des activités éducatives au sein du système scolaire. L’offre des différentes formations et des programmes au sein du système éducatif est ainsi déterminée en fonction des besoins locaux et dépend des choix des étudiants.

En ce qui concerne l’allocation des ressources, les municipalités reçoivent une subvention générale de l’Etat pour l’Education, qui complète les recettes fiscales de la commune et vise à réduire les disparités entre les communes. Les communes répartissent ensuite les crédits entre les écoles dont elles ont la responsabilité.

Pour ce qui est du suivi et du contrôle des activités scolaires enfin, les municipalités sont chargées d’exposer les objectifs généraux définis pour les écoles dont elles ont la responsabilité dans un « plan scolaire » (lokal skolplan),. Ce plan scolaire doit présenter les objectifs suivis, et exposer les mesures que l’autorité municipale a mises en œuvre pour atteindre les objectifs éducatifs définis au niveau national. En outre, les municipalités sont tenues d’évaluer ce « plan scolaire » et, si cela leur est demandé, elles sont obligées de soumettre ce plan à l’autorité centrale, c’est à dire l’Agence nationale pour l’Education.

Dans la pratique, ce sont des comités de représentants publics élus désignés par chaque conseil municipal qui sont chargés de garantir la conduite des activités éducatives, notamment de garantir aux écoles suédoises un niveau équivalent sur l’ensemble du territoire national, de garantir notamment la construction des écoles, l’attribution d’infrastructures suffisantes, la coordination des activités des écoles au sein de la municipalité ainsi que l’emploi de professeurs et de personnels qualifiés.

Les marges de manœuvre des écoles

Les écoles ont en Suède une large marge de manœuvre en ce qui concerne les enseignements dispensés. En effet, si les programmes scolaires sont déterminés par l’ Agence Nationale pour l’Education, ces programmes ne fixent que des objectifs et des orientations générales. C’est ensuite aux écoles de choisir elle-même les méthodes de travail qui leur conviendront le mieux, compte tenu de leur composition et du contexte géographique. La décentralisation du système scolaire suédois permet donc une plus grande adaptation des enseignements dispensés et des méthodes de travail au contexte géographique ou social.

L’activité des écoles est cependant contrôlée par l’administration centrale, comme l’est celle des municipalités. Ainsi, chaque école doit rédiger un plan de travail, basé sur le programme officiel et les priorités locales, plan qui est également évalué par les agences. On peut donc considérer que la qualité du système d’éducation suédois est assurée par trois éléments : l’Etat (à la fois le gouvernement et par le Parlement) fixe les principaux objectifs à atteindre en matière d’Education ; la mise en œuvre de ces objectifs est assurée par les municipalités et les écoles elles-mêmes ; enfin cette mise en œuvre est supervisée par l’Agence nationale pour l’Education.
Les principes à la base de la politique d´éducation en Suède

Il est communément admis en Suède que chacun doit avoir la possibilité, tout au long de ses études puis de sa vie active, d’améliorer ses compétences et d’en acquérir de nouvelles.

La volonté d’avoir une population bien formée

Tous les partenaires sociaux et les décideurs politiques insistent sur le fait que la principale force motrice de la croissance économique soit le degré de formation de la population active. Pour parvenir à avoir une main d´oeuvre qui pourra plus tard progresser sur le marché du travail et s´adapter au changement (flexibilité), des connaissances solides dans les matières de base sont nécessaires. Les autorités éducatives suédoises visent donc à construire des fondations solides, préalables à la formation tout au long de la vie, et considèrent que le deuxième cycle de l’éducation secondaire est le niveau minimal à atteindre, et que le niveau tertiaire est l’objectif idéal pour tous. Le fait que chaque suédois ait le droit d’accéder à l’enseignement des connaissances dites « de base » est pour les suédois un engagement pour l’égalité et un moyen de lutter contre l’exclusion sociale.

Un accès à un enseignement de même valeur pour tous

La loi suédoise stipule d’ailleurs que « tous les enfants et jeunes doivent avoir accès à un enseignement de valeur égale. Quel que soit le sexe, le domicile géographique et les conditions sociales et économiques, tout le monde a ce droit. » En pratique, cela se traduit entre autres par la gratuité de l’école pour tous, et par des efforts mis en œuvre pour que l’enseignement soit qualitativement équivalent sur tout le territoire. Ainsi par exemple, les programmes et la notation sont uniformes durant les neuf années couvertes par l’école obligatoire, puisque les programmes de l’enseignement obligatoire primaire et secondaire ont une valeur nationale.

De même, l’enseignement pour adultes fait partie du système éducatif public, de même que l’enseignement dispensé par l’école obligatoire et le second cycle de l’enseignement secondaire. Le système éducatif suédois présente donc une structure uniforme, du niveau élémentaire à l’éducation pour adultes en passant par l’enseignement secondaire.

Les écoles libres en Suède

La particularité des écoles libres suédoises est le fait que la loi leur interdise de percevoir des droits de scolarité, ce qui les place à égalité avec toutes les écoles gérées par les communes : le budget des écoles privées dispensant l’enseignement obligatoire est entièrement couvert par la commune. Il n´y a pas de frais de scolarité. Malgré la gratuité, les écoles libres sont bien moins fréquentées en Suède qu’en France. On estime ainsi que 7% des élèves suédois fréquentent une école privée. Les écoles privées sont homologuées par l´agence nationale, et ont un contrat avec la commune. Leurs moyens sont comparables à ceux des écoles publiques équivalentes.

L’enseignement dans les écoles privées doit essentiellement avoir les mêmes objectifs que les écoles municipales, mais leur orientation peut être différente. Il peut par exemple s’agir d’écoles à orientation pédagogique particulière comme les pédagogies Montessori ou Waldorf. Si les écoles privées ne se conforment pas aux dispositions en vigueur, la Direction nationale de l’enseignement scolaire peut leur retirer leur homologation.

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