Polémique: critique des analyses de Jean-Luc Mélenchon sur les modèles sociaux démocrates nordiques

Une fois n´est pas coutume, ce site plutôt factuel s´engage dans la polémique avec l´analyse du livre récemment paru de M. Mélenchon (« Enquête de gauche » paru aux éditions Balland). Mais je me concentre ici uniquement sur ses analyses des pays nordiques, qui sont presque toutes fausses. Cela ne serait pas un problème si certains ne s´appuyaient pas sur ce qui y est écrit pour attaquer les réformes faites dans les pays nordiques. Alors, rien ne vaut une bonne réponse pour remettre les idées en place. Non, les pays nordiques ne sont pas parfaits, non, on ne peut pas tout transposer tel quel, mais il y a beaucoup de choses qui marchent, et qui méritent d´être étudiées, et des choses qui ne marchent pas, qu´il vaut mieux éviter. Voici donc cette analyse sur les erreurs de M. Mélenchon, qui mériteraient un débat public. Quel journal, quelle télévision permettra cette confrontation des points de vue ?


La privatisation de la poste en Suède

M. Mélenchon écrit: « A partir de 1993, avant toute directive européenne, le gouvernement de gauche en Suéde a fermé les bureaux de poste et placé systématiquement des points de contact postaux chez lesscommercants et dans les banques … ».

M. Mélenchon parle de la politique suédoise sans la connaître. Les sociaux démocrates sont arrivés au pouvoir le 18 septembre 1994, la réforme de la poste a démarré en 1991 et était bien avancée en 1994. Que s´est-il passé ?

En 1991 une entreprise privée, Citymail, est autorisée à distribuer du courrier. En 1993, le gouvernement de droite décide de mettre fin au monopole de la poste. Il transforme la Poste suédoise, en société anonyme, Posten AB, dont l’Etat détient toujours encore aujourd’hui 100% des actions. Les services non postaux sont vendus et Posten AB se concentre dorénavant sur ses services de base à la population.

M. Mélenchon déclare de manière totalement injustifiée que « Aujourd´hui la Suède a le plus mauvais taux d´accessibilité au service postal de toute l´Europe. ». La réalité pour la population est un peu différente.

En 1993, avant la création de Posten AB, il existait environ 1800 bureaux de poste en Suède, qui offraient tous les services de manière indifférenciée. Aujourd’hui, les gouvernements successifs ont revu ce système pour améliorer l´accès en prévoyant 4 niveaux :

– Les Svensk Kassaservice, c’est-à-dire un service bancaire quotidien que Posten AB assure toujours.
– Les Postcenter : également une filiale de Posten AB.
– Les Brevpartners, et les Brev- och paketpartners, deux services de retrait et dépôt de courriers, ainsi que d’autres services peu compliqués. Ces services se trouvent aujourd’hui dans des supérettes, des stations services et des bureaux de tabac.

Tous les Suédois expliqueraient á M. Mélenchon que la Suède est un grand pays, peu peuplé (9 millions d´habitants sur un territoire équivalent à 80 % de la France). En 1993, il y avait donc 1 800 bureaux de poste, et cela ne suffisait pas : la Suède avait un des services postaux les moins accessibles d´Europe, situation qui a duré jusqu´en 2002, où les sociaux démocrates ont fait appel au privé (supérettes, stations services et bureaux de tabac ) pour les services les plus simples, ce qui a permis de passer pour le consommateur á 4 200 points d´accès (doublement en 2002) et de soutenir les petits commerces en difficulté dans les villes et à la campagne.

Cela permet à la Suède de rattraper ses voisins nordiques, qui avaient pratiqué auparavant ce genre de réforme. Rappelons à M. Mélenchon qu´avant cette opération, en 2002, 18 % des français déclaraient avoir des difficultés pour l´accès au service postal, contre 10 % des suédois, mais seulement 8 % des finlandais et 4 % des danois (ces derniers vivant dans un pays plus dense en population que ses voisins).

Il ne faut pas juger d´une réforme sur des données qui datent d´avant qu´elle soit en place, n´est-ce pas ?

L´éducation

Mélenchon accuse page 30 de son ouvrage les sociaux démocrates d´être allé le plus loin dans le libéralisme : « A l´initiative du Premier ministre social démocrate Ingvar Carlsson, la Suède a instauré à partir de 1991 un système de chèque éducation que les familles sont libres d´utiliser dans n´importe quel établissement… Evidemment, l´inégalité dans l´accès à l´éducation a fait un bond »

Une grossière erreur : de 1991 à 1994, c´était la droite qui était au pouvoir en Suède, pas la gauche. M. Carlsson ne mérite pas ce traitement.

La vraie histoire qu´ignore Mélenchon, volontairement ou non, est la suivante : le gouvernement de droite au pouvoir en 1991-1994 a présenté un système de chèque éducation au niveau des écoles primaires et secondaires, permettant le libre choix entre le secteur public et les écoles indépendantes (friskolor).

Le système a été si populaire que le gouvernement social démocrate de 1994, très hostile au secteur privé, s´est trouvé face à une population violemment hostile à toute suppression de la mesure. Mais la gauche suédoise a réussi à en supprimer les effets inégalitaires en interdisant que les écoles privées fassent payer plus que le chèque éducation. Toute école touche donc en Suède autant pour chaque élève, à la différence de la France où les écoles privées peuvent facturer aux parents des frais de scolarité , en plus de l´argent venant de l´Etat.

Le système suédois est donc égalitaire, contrairement au système éducatif français qui favorise la ségrégation. Notons que les socialistes français n´ont jamais pris une décision aussi courageuse que le Parti social-démocrate suédois. En 2006, 6 % des élèves du primaire et 13 % des élèves du secondaire sont dans le secteur privé, en majorité non lucratif. Ce sont le plus souvent des écoles expérimentales (Montessori). Le plus gros collège/lycée privé à Stockholm et le plus populaire est géré par l´association Fryshuset, compte 3000 élèves et recrute en priorité sur des épreuves de streetdance, de basket, et de skateboard, ce qui fait que les jeunes des banlieues y sont très nombreux.

M. Mélenchon oublie de parler des universités, sans frais d´inscription, et avec un salaire et un statut de l´étudiant qui permet de vivre et de payer soi-même les cours. C´est une idée à creuser pour le PS.

La privatisation de l´électricité en Suède

Je vais vous surprendre : sur ce point, M. Mélenchon a raison, ce qu´il dit est vrai. Il a même oublié de dire que la privatisation n´a pas entraîné de baisse des prix, contrairement à ce que la droite avait annoncé en lançant le mouvement, et que l´existence non coordonnée de différents fournisseurs est probablement à l´origine d´une grande panne de 2003. De plus, le prix de l´électricité est en Suède prés de 50 % plus cher qu´en France. La privatisation de l´électricité suédoise, contrairement á celle de la poste ou des chemins de fer n´a rien amélioré, au contraire. Cela ressemble à la privatisation de l´eau en France, avec de grosses différences de prix entre villes et fournisseurs…

Cela étant, M. Mélenchon ne se trompe pas parce qu´il a recopié (sans le citer dans ce cadre, ce qui n´est pas très fair-play) des extraits choisis du livre de Magnus Falkenhed, un journaliste suédois qui a témoigné, très bien d´ailleurs, des réformes suédoises. Mais, dans son cas, la critique était nuancée et étayée, parce qu´il connaît le système de l´intérieur. M. Mélenchon s´est limité à quelques phrases lapidaires.

Aujourd´hui, la situation est plus satisfaisante pour les suédois, l´Etat ayant repris son rôle de régulateur. De plus, la plus grosse compagnie, Vattenfall AB, est une entreprise publique à 100 %, ce qui limite l´impact de l´ouverture du marché, à qui l´on ne peut attribuer tous les problèmes. La Suède a peu d´hydro-électricité, comparé à son voisin norvégien, et a refusé le développement du nucléaire pour des raisons de protection de l´environnement, ce qui explique le prix élevé de l´électricité, fortement taxée pour inciter aux économies d´énergie, qui, elles, sont largement subventionnées.

Enfin, il est toujours intéressant de regarder si les Français sont plus satisfaits que le suédois de leurs services de distribution d´électricité. Pour cela, il faudrait conseiller à M. Mélenchon de se pencher sur l´étude Eurobaromètre 219 sur les services d´intérêt général en Europe d´octobre 2005 qui montre que :

• 2 % des suédois, 3 % des suédois, 6 % des finlandais et 6 % des français avaient des problèmes importants d´accès au service public de l´électricité
• 15 % des danois, 34 % des français, 47 % des suédois et 60 % des finlandais trouvent l´électricité trop chère
• Seulement 38 % des français, contre 39 % des finlandais 70 % des danois et 59 % des suédois pensent qu´ils ont un très bon service de distribution d´électricité.

Mais en général les suédois se plaignent du prix et de la complexité du système privatisé…

La fiscalité danoise et la redistribution (page 31)

JL Mélenchon nous explique que les sociaux démocrates nordiques ont á tel point restreint les systèmes de protection sociale et revu leur fiscalité qu´ils ont mis à mal la redistribution. C´est une déclaration légèrement abusive, si l´on considère que le taux de pauvreté après transferts sociaux était en 2005 selon Eurostat nettement inférieur au Danemark, en Suède et en Finlande à celui de la France, et que les inégalités de revenus après impôts étaient nettement plus réduite dans tous les pays nordiques : le revenu des 10% français les plus riches représentaient en France 4 fois celui des 10 % les plus pauvres, contre 3,5 au Danemark, 3,6 en Finlande, 3,3 en Suède. Ces écarts moins importants sont dus à une forte redistribution, ce qui ne permet pas d´expliquer les déclarations à l´emporte-pièce de M. Mélenchon. Ajoutons à cela que les salaires danois sont supérieurs de 50 % aux salaires Français, avec une correction due au coût de la vie ils représentent 30 % de plus. Il vaut mieux être pauvre au Danemark qu´en France, le RMI représente d´ailleurs entre 2 et 3 fois le nôtre, selon le type de famille. Et si l´on demande á un danois ce qu´il pense de sa situation, il critiquera le niveau d´imposition.

La critique de JL Mélenchon porte spécifiquement sur la fiscalité au Danemark, sur laquelle il déclare « Or le bilan est consternant ». Et d´expliquer que les sociaux démocrates ont limite l´impôt sur les sociétés, l´impôt sur le revenu et supprimé l´impôt sur la fortune.

Au Danemark, l´impôt sur les sociétés était de 50 % jusqu´en 1991, puis suite à la crise le gouvernement de droite l´a réduit à 40 %. Les sociaux démocrates ont ensuite pratiqué une réduction de 4 à 5 points, mais ont étendu sa base en supprimant les déductions dont bénéficiaient de nombreuses entreprises, notamment toutes les entreprises étrangères… Au total, cet impôt a augmenté pendant la période social démocrate.

Passons à l´impôt sur le revenu. Il faut savoir que son niveau se situe entre 41 % des revenus pour les revenus les plus bas, et 59 %, pour les revenus élevés. Contrairement á la France, il n´y a pas de possibilité d´y échapper, tout le monde le paie. Il est peu progressif, mais c´est dû au fait qu´il inclut ce qui en France est financé par les cotisations sociales (non progressives, donc injustes ). Cela signifie qu´un haut revenu au Danemark paie plus en pourcentage pour sa santé qu´un ouvrier, contrairement à ce qui se passe en France.

Alors, comme le dit M. Mélenchon, les sociaux démocrates ont-ils diminué l´impôt sur le revenu ? Oui, mais c´est uniquement sur les bas salaires, donc uniquement sur les revenus du travail. C´est une mesure sociale de distribution du pouvoir d´achat pour les travailleurs les moins riches, et aussi une incitation à travailler pour les bénéficiaires de revenus sociaux. Les hauts revenus en sont toujours à 59 % d´impôts. Accessoirement le Danemark est le seul pays d´Europe qui n´ait pas touché au taux maximum depuis 2000, tous les pays l´ayant réduit (sauf la Suède qui l´a augmenté).

Enfin, M. Mélenchon reproche aux sociaux démocrates danois la suppression de l´impôt sur la fortune. Cet impôt a été en effet supprimé au Danemark en 1997, et plus récemment en Finlande et Suède. Cet impôt ne rapportait pas beaucoup, dans la mesure où les personnes susceptibles de le payer s´étaient installées dans des pays voisins: il s´agissait de l´équivalent de moins de 250 millions d´euros par an, avec des coûts de collecte élevés. En Suède, d´ailleurs, la mesure était approuvée par tous les syndicats. Au Danemark, elle s´est accompagnée de la suppression de toute une série de déductions et d´allègements en matière d´impôts sur le revenu du capital, qui ont rapporté plus que l´impôt sur la fortune.

M. Mélenchon a oublié en matière de fiscalité que ce sont les sociaux démocrates suédois et danois qui ont les premiers en Europe mis en place la fiscalité de l´environnement, avec des taxes sur les émissions de dioxyde de carbone. C´est dommage.


Le chômage « dissimulé », les « chômeurs maltraités » (pages 35 et 36)

M. Mélenchon indique que les « travailleurs invalides … représentent 10 % des actifs au Danemark et que 450 000 suédois sur 5 millions de travailleurs sont en congés de maladie au moins 15 jours chaque mois ».

Pour le Danemark, M. Mélenchon ne cite pas ses sources. Il a en fait copié sans les vérifier des éléments épars qui viennent d´un site web (non signé par ses auteurs) qui s´appelle « travail chômage société », et qui cite une étude danoise datée de 1999 sur des données de 1998. Ce site n´a pas l´honnêteté de reprendre tout ce que disait l´étude danoise, et contient des erreurs telles énormes que je ne peux résister au plaisir de vous en donner un exemple : le site qu´utilise M. Mélenchon indique : « Cela est d’autant plus important que l’essentiel des mesures « actives » consiste en congés parentaux, sabbatiques ou autres, et surtout en préretraites massives (dix à douze fois plus qu’en France en proportion de la population). »

Voilà ce que dit l´étude danoise sur laquelle les sources de M. Mélenchon prétendent s´appuyer : « A côté des activités de placement en milieu ordinaire de travail non subventionné, les mesures suivantes sont utilisés pour les plans individuels d´activation : emplois subventionné dans le secteur public et privé, formation individualisée pour les personnes qui ne peuvent suivre une formation normale, emplois de 3 ans dans le secteur public pour les chômeurs de longue durée, formation ordinaire, remplacement de salariés momentanément absents, participation á des activités culturelles et sociales… ».

Cherchez l´erreur.

En réalité, les analyses sérieuses sur les chiffres du chômage au Danemark font en général référence au nombre des préretraités et travailleurs âgés en invalidité danois, qui étaient relativement importants dans les années 90. Contrairement à la France, il s´agit de personnes entre 60 et 67 ans qui, soit parce qu´elles ont cotisé á une assurance retraite privée se paient elles-mêmes une retraite avant 67 ans, ou de travailleurs âgés qui ont des métiers pénibles et bénéficient d´une retraite invalidité jusqu´à la retraite normale à 67 ans. C´est pourquoi le taux d´emploi des danois de plus de 60 ans n´est pas aussi bon que celui des 55-60 ans, et pourquoi l´âge moyen auquel les danois se retirent est en pratique le même qu´en France. Cela étant, les préretraites de ce type sont en voie de disparition : ce qui était vrai en 1999 n´est plus vrai aujourd´hui.

Sur l´assurance maladie, M. Mélenchon indique que prés de 10 % des suédois sont en permanence en arrêt de maladie. C´est exact sur la période mesurée dans la seule étude comparative que j´ai pu identifier, et qui commence à être ancienne (Gimeno D, Benavides FG, Benach J, Amick BC III. (2004) « Distribution of sickness absence in the European Union », Occupational and Environmental Medicine, 61, 867-869).

Selon des éléments récents, le nombre de jours d´ absence a diminué de 40 % en Suède à la suite de mesures prises par le gouvernement de droite pour diminuer les prestations journalières, en opposition avec les sociaux démocrates qui considéraient que les employeurs étaient responsables des absences et avaient décidé de faire payer une partie des indemnités de maladie afin de les inciter á améliorer les conditions de travail.

Pour la France, les données ne sont pas claires. Sur 2002, nous avons connu un taux de croissance sans précédent des prestations versées par la branche maladie du régime général au titre des indemnités journalières. Le montant versé s’élève à 5 milliards d’euros, soit une progression de 10,1 % par rapport à 2001. Les années suivantes ont infirmé cette tendance … mais il semble que d´autres formes d´absentéisme aient pris le relais, car, selon des chiffres du cabinet d’audit et de conseil Price Waterhouse Coopers publiés en février 2007 pour 2006 la France a le taux d’absentéisme au travail le plus élevé (4,5%) en Europe. Elle devancerait notamment l’Allemagne (4,4%), la Belgique et la péninsule ibérique (4,1%), ainsi que le Royaume-Uni (3,9%). La moyenne européenne se situe à 4%. Après un pic en 2004/05, la tendance générale est à la baisse en Europe, le taux d’absentéisme ayant reculé de 5,3% à 4% depuis lors. Il est passé de 5,4% à 4,5% en France, de 6,7% à 4,4% en Allemagne et de 4,7% à 3,9% au Royaume-Uni, selon l’étude.

Une autre étude, danoise celle-ci et réalisée en 2000, montrait que dans l´année 14.3% des français, 12.4 % des danois et 17 % des suédois ont pris une journée au moins de congé de maladie.

La raison pour laquelle les suédois prennent des congés de maladie mérite une rapide analyse, qui devrait intéresser M. Mélenchon :

• Les congés de maladie seraient dus à la pression sur les salariés en matière de productivité. Cette pression n´est pas plus importante dans les pays nordiques, mais le fort taux d´emploi dans ces pays fait que des personnes plus fragiles physiquement et mentalement, qui seraient en France en préretraite ou considérées comme handicapées ou comme inemployables et toucheraient diverses allocations de type minima sociaux travaillent en Suède, mais s´absentent plus facilement.
• Les allocations suédoises étaient plus favorables pour les salariés, que le chômage jusqu´en 2005, et coûtaient peu aux employeurs après les 15 premiers jours. Employeurs et salariés préféraient donc le recours aux congés de maladie plutôt qu´aux licenciements. Ce n´est plus le cas aujourd´hui, ce qui explique la forte baisse des congés maladie ces 2 dernières années.
• Les nordiques considèrent normal de s´absenter quand on est malade, et les employeurs n´en font pas un élément de jugement de leurs employés. Il n´y a en général pas de sanctions déguisées.
• La proportion de salariés précaires (CDD, intérim, stagiaires…) est plus faible en Suède que dans le reste de l´Europe, et la protection de l´emploi étant assez élevée, le licenciement est plus difficile qu´en France…Les salariés ont moins peur de s´absenter.

Alors, quelles conséquences cela a-t-il sur les statistiques du chômage ? M. Mélenchon a-t-il raison d´affirmer que cela met à mal les chiffres du chômage suédois (qu´il annonce à 4 % )?

D ´abord, M. Mélenchon se trompe sur les chiffres du chômage suédois, qu´il doit confondre avec ceux du Danemark. Voilà les derniers chiffres en ma possession :

Chômage septembre 2007 (2006)
Moyenne UE 7,0 % (8,2 %)
France: 8,6 % (9,5%)
Danemark : 3,3 % (3,9 %)
Finlande : 6,9 % (7,7%)
Suéde : 5,8 % (7,1%)

Il est vrai que lorsque la droite suédoise est arrivée au pouvoir, elle a donné suite aux demandes d´Eurostat qui accusait comme le fait M. Mélenchon le gouvernement précèdent de sous-estimer les chiffres en supprimant des chiffres du chômage certains stagiaires et personnes en activation. Ce n´est plus le cas. De plus, depuis 18 mois l´assurance maladie n´est pas plus intéressante que le chômage, ce qui a fortement diminué les absences pour maladie, qui décroissent régulièrement. Et le chômage aussi…

Enfin, je conseillerais volontiers à M. Mélenchon de se pencher sur les données suivantes (Eurostat), qui montrent que même avec un écart de 3 á 4 points en maladie et invalidité, les suédois (sans parler des danois et des finlandais qui ont moins de congés maladie que les français) ont de très bonnes performances :

Taux d´emploi 2006
UE : 64,4 %
France: 63,0 %
Danemark : 77,4 %
Finlande : 69,3 %
Suède : 73,1 %
Norvège : 75,4 %

Enfin, les chiffres suivants montrent l´importance du chômage caché : il s´agit des personnes qui ne travaillent pas et ne recherchent pas d´emploi. Cela comprend les étudiants et les personnes en formation, mais les nordiques se forment plus et poursuivent plus longtemps les études que les français.

15-65 ans non chômeurs non actifs
France : 28,6 %
Danemark 19,3 %
Finlande : 23,8 %
Suède : 21,1 %

Tous ces éléments montrent que :

1. les nordiques ont un taux de chômage nettement plus bas que la France
2. le chômage caché y est de 5 à 9 points inférieur á celui de la France.

La perte d´hégémonie des partis sociaux démocrates dans les pays nordiques (pages 48 et 49)

M. Mélenchon indique qu´ « un premier décrochage a eu lieu en 2003 quand les suédois ont rejeté á 56 % l´entrée dans la zone euro, alors que les sociaux-démocrates en étaient de fervents partisans ». C´est complètement faux : le gouvernement y était favorable de manière tiède, et certains ministres sociaux-démocrates, dont la vice-première ministre, ont démissionné pour faire campagne contre l´euro. C´était la droite qui était pour, et ce sont des sociaux démocrates, notamment du Nord de la Suède, et les agrariens du parti du Centre qui ont voté contre…

Sur les élections de 2006 en Suède, M. Mélenchon explique à juste titre que le Parti Social Démocrate a connu son pire score depuis non pas 1921, mais 1928, avec « seulement » 35,2% des suffrages. Mais il oublie de signaler que l´élection a été aussi perdue parce que le parti dit de la Gauche, regroupant Communistes et extrême gauche était en forte baisse (5,8%, soit 2,6 points de moins que quatre ans auparavant où il avait déjà subi une baisse de 3,6 points). Si la Gauche s´était seulement maintenue, les sociaux démocrates seraient encore au pouvoir !

Du côté des autres nordiques, la situation est contrastée : les sociaux démocrates danois viennent de perdre de justesse leur 3ème élection successive, après une habile dissolution de la droite. Les sociaux démocrates ont retrouvé le pouvoir depuis 2 ans en Norvège. En Finlande, il y a cohabitation, la sociale démocrate Tarja Halonen ayant été réélue présidente en 2006, mais les sociaux démocrates perdant largement l´élection de 2007 en se retrouvant le 3ème parti du pays pour la première fois de leur histoire, avec un leadership décevant.

En réalité, les élections ont profité aux partis qui, tout en respectant le modèle social démocrate nordique, ont proposé de s´adapter à la mondialisation en le révisant. La population a suivi. On notera avec intérêt que ni le gouvernement de droite danois, ni celui de Suède n´ont remis en cause les systèmes sociaux ni la répartition des produits de la croissance entre travail et capital. De plus, les électeurs sociaux démocrates sont allés plus souvent vers le centre que vers la gauche, notamment en Suède.

D´une manière générale, il n´y a pas de dérive blairiste, c´est à dire de discours anti-protection sociale, ni de remplacement des prestations sociales élevées par un filet de sécurité pour les plus touchés, ni comme en France de multiplication des emplois précaires.

L´étrange « critique » des propositions de Ségolène Royal « de s´inspirer du modèle de syndicalisation obligatoire des pays nordiques » (pages 87 et 88)

M. Mélenchon écrit : « Dans le système scandinave, l´adhésion à un syndicat est obligatoire pour pouvoir bénéficier des droit sociaux issus de la convention collective négociée par ce syndicat. » C´est faux. Tous les salariés en profitent dans tous les pays nordiques, sans obligation de se syndiquer, et sans intervention des pouvoirs publics via des extensions législatives comme en France. Et le taux de couverture des conventions collectives est de fait proche de 100 % dans les pays nordiques, bien que M. Mélenchon sous entende le contraire. ..

C´est paradoxal, car M. Mélenchon fait la même erreur qu´en son temps Ségolène Royal : il n´y a aucune obligation d´adhérer aux syndicats dans les pays nordiques. Il ferait mieux de se pencher sur les raisons pour lesquelles il y a un syndicalisme de masse sans obligation d´adhésion. Sans doute est-ce parce que les syndicats sont considérés dans les pays nordiques comme de bons moyens de défense des salariés, reconnus comme tels par l´Etat qui ne s´y substitue pas.

L´affaire Ericsson et de ses 50 000 licenciements (pages 89 et 90)

M. Mélenchon fait de l´ironie sur la visite de Ségolène Royal qui selon lui se serait « émerveillée » de la « prouesse d´Ericsson » qui aurait licencié 50 000 personnes sans une journée de grève…

C´est une petite merveille de désinformation, pour ne pas dire plus : si vous lisez les déclarations de Ségolène Royal, elle s´est intéressé au fait qu´au moment où Ericsson devait déposer son bilan, faisant plus de 100 000 chômeurs, une action concertée des syndicats, de l´Etat et de la direction de l´entreprise a permis de se limiter à 10 000 départs en Suède, avec en un an le reclassement de 98,5 % des salariés grâce à des actions conjointes pilotées par les syndicats et les services de l´emploi pour former et aider les salariés concernés. Ce qui explique qu´il n´y ait pas eu une journée de grève.

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