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immigration, intégration, Suède

La politique suédoise d’immigration et d’intégration

Attention: ce texte date de 2006, et des changements ont été introduits dans certains domaines par un nouveau gouvernement. Vous trouverez des renseignements à jour sur le site de l’agence Migrationsverket. L’agence de l’Intégration a été fermée, et une politique d’immigration de travail plus libérale est envisagée. Il est même question d’accorder la nationalité suédoise en deux ans dans certains cas (voir l’article sur le site Nouvelles nordiques)

DONNEES STATISTIQUES RELATIVES A L’IMMIGRATION ET L’INTEGRATION

Au 1er décembre 2005 la Suède comptait 479 899 personnes de nationalité étrangère, soit 5,3 % de la population. Le nombre d’immigrés (personnes nées à l’étranger) résidant dans le pays était de 1 125 790 ou environ 12,5 % de la population. Si l’on prend en compte aussi les 337 568 personnes nées en Suède de deux parents nés à l’étranger la population d’origine étrangère s’élevait à 16,2 % (Source : Centre suédois des statistiques, SCB). Parmi les personnes nées à l’étranger, une grande majorité était originaire de la Finlande, suivie de la Yougoslavie, l’Irak, la Bosnie-Herzégovine, l’Iran et la Pologne.

Au cours de l’année 2005 ont été enregistrées 65 229 entrées à caractère permanent en Suède (dont un peu plus d’un tiers des citoyens suédois ou nordiques). Ceci signifie une augmentation d’environ 3 200 personnes par rapport à l’an 2004. La hausse la plus importante a été enregistrée au mois de décembre 2005 avec une augmentation de 33 % du nombre d’immigrés enregistrés auprès du registre d’état civil par rapport au mois de décembre 2004. Ceci est probablement dû à l’entrée en vigueur, le 15 novembre 2005, d’une loi temporaire sur l’asile donnant à certains demandeurs d’asile déboutés la possibilité de faire re-examiner leur demande d’asile. Cette loi a été en vigueur jusqu’au 31 mars 2006 visant en premier lieu les demandeurs d’asile vivant en Suède depuis longtemps et qui n’ont pas pu être renvoyés dans leur pays d’origine pour des raisons surtout médicales ou humanitaires. Entre mi-novembre et fin décembre 2005 environ 2 360 décisions favorables ont été prises. La majorité a concerné des familles avec enfants.
Si l’on ne prend pas en considération les immigrants ayant la citoyenneté suédoise, le nombre d’immigrés s’est élevé à 51 297 en 2005, répartis de la façon suivante selon leur origine :

Pays nordiques (hormis la Suède) 9 756
UE25 (à l’exception du Danemark et de la Finlande) 11 034
Europe hormis UE25 et pays nordiques 6 277
Afrique 5 124
Amérique 3 171
Asie 14 771
Océanie 316
Apatrides 691
Inconnu 157

Le nombre d’étrangers en provenance d’un pays autre que les pays nordiques a été de 41 541, contre 33 789 en 2000 et 38 016 en 2004. Suivant la tendance des années précédentes la majorité des immigrants sont issus du regroupement familial ou sont des demandeurs d’asile :

Migrations familiales 22 578
Migration de travail 5 243
Etudes 3 887
Raisons humanitaires 3 724
Besoin de protection 3 137
Autres 1 201
Raison non connue 1 771
Le nombre de nouvelles demandes d’asile a toutefois continué à diminuer en 2005. Au cours de l’année, 17 530 personnes ont demandé l’asile en Suède, ce qui signifie une baisse de 24 % par rapport à 2004 et de 47 % par rapport à 2002. Pour la quatrième année de suite les ressortissants de la Serbie et Monténégro ont constitué le groupe le plus important (2 944), suivi des citoyens iraquiens (2 330) et russes (1 057).

En ce qui concerne l’acquisition de la nationalité, selon des statistiques du SCB, 39 573 personnes ont obtenu la nationalité suédoise en 2005, contre 28 893 en 2004 et 43 474 en 2000. Ces chiffres ne précisent pas le taux d’acquisition de la nationalité par naturalisation, mais d’après un rapport de l’Office de migration, 17 394 demandes de naturalisation ont été déposées en 2004 et 87% ont obtenu l’approbation.

ORGANISATION ET COMPETENCE DES INSTITUTIONS CHARGEES DES QUESTIONS D’IMMIGRATION ET D’INTEGRATION

La politique des migrations et de l’asile relève de la responsabilité du ministère des affaires étrangères. L’Office des Migrations (Migrationsverket) est l’autorité centrale responsable de la mise en œuvre de cette politique : accueil des demandeurs d’asile et traitement des dossiers dans la matière, délivrance des titres de séjour et des permis de travail, traitement des demandes de nationalité.

La politique de l’intégration relève à son tour du ministère de la justice, mais toutes les administrations publiques ont l’obligation de prendre en compte les questions de l’intégration et de l’égalité des chances dans leurs domaines respectifs.

Créée en 1998 l’Agence nationale de l’intégration (Integrationsverket) est l’autorité centrale chargée de veiller à la mise en œuvre de la politique de l’intégration dans tous les domaines de la société, de distribuer des informations et stimuler les processus d’intégration, d’apporter un soutien aux communes dans leur travail d’intégration et de suivre et évaluer les résultats de ces actions, de promouvoir la diversité ethnique et culturelle et l’égalité des chances et de prévenir le racisme, la xénophobie et la discrimination ethnique.

Afin de développer l’accueil et l’intégration des nouveaux arrivants et d’améliorer la coopération entre les principaux acteurs concernés, un accord existe depuis 2001 entre l’Agence de l’intégration, l’Office des migrations, l’Agence nationale pour l’emploi, l’Association des communes et des régions de Suède, l’Agence nationale de l’enseignement scolaire et l’Agence de développement des écoles. L’Agence de l’intégration a également conclu des accords avec les partenaires sociaux afin de promouvoir la diversité et l’égalité des chances sur le marché du travail.

Les communes sont responsables de la mise en oeuvre pratique de l’accueil et de l’intégration des immigrés. L’Agence de l’intégration négocie des accords avec les communes pour l’accueil et l’intégration des primo-arrivants et chaque commune qui signe un tel accord (à l’heure actuelle 174 communes sur 290) reçoit une compensation de l’Etat d’environ 500 000 SEK (53 500 EUR). De plus, la commune reçoit une somme forfaitaire pour chaque personne accueillie, à condition de mettre en place un programme d’intégration basé sur un plan individuel établi en concertation avec l’immigré, et l’agence pour l’emploi si la personne est en âge de travail. La compensation pour une personne adulte âgée de 16 à 64 ans est de 165 700 SEK (17 730 EUR) pour une période de deux ans. Cet argent suivra l’immigré s’il déménage dans une autre commune avant la fin de la période d’introduction. Les communes peuvent également recevoir une compensation pour certains frais supplémentaires liés à l’accueil des personnes immigrées âgées, malades ou handicapées ou des enfants venant seuls.

Mis en place en 1986 le Médiateur contre la discrimination ethnique (DO) a pour mission de veiller à ce qu’aucune discrimination ethnique ne survienne dans aucun secteur de la société. Son rôle est défini dans la loi contre la discrimination ethnique dans la vie professionnelle (1999 :130). Au terme de cette loi le DO doit, d’une part, examiner les plaintes individuelles pour discrimination ethnique et le cas échéant intenter une action en justice et, d’autre part, veiller à ce que les employeurs prennent des mesures actives pour promouvoir la diversité ethnique sur le lieu du travail. Les attributions du médiateur dans d’autres secteurs de la vie sociale sont définies par la loi (1999:131) relative au Médiateur contre la discrimination ethnique.

Depuis quelques années des bureaux locaux d’anti-discrimination existent aussi dans de nombreuses communes et des fonds supplémentaires ont été alloués dans le budget 2006 pour le développement de ce dispositif. La mission de ces bureaux est de prévenir et de lutter contre la discrimination basée sur l’appartenance ethnique et religieuse, le sexe, la tendance sexuelle et le handicap.

En 2003 le Centre contre le racisme (CMR) a été créé avec l’appui de fonds publics. CMR est une ONG rassemblant un grand nombre d’associations différentes. Son activité comprend des mesures contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme, l’islamophobie, l’antiziganism, l’homophobie et la discrimination.

Traditionnellement, les associations et les communautés religieuses se sont engagées avant tout dans le travail lié à l’accueil des demandeurs d’asile et pas autant dans les questions de l’intégration. Afin de faire participer davantage ces acteurs, l’Agence de l’intégration a récemment pris l’initiative pour un dialogue avec différentes associations, organisations ethniques et églises.


GRANDES ORIENTATIONS DE LA POLITIQUE D’IMMIGRATION ET D’INTEGRATION

Depuis les deux dernières décennies l’immigration envers la Suède se caractérise par le fait d’être essentiellement de nature humanitaire. Dans une comparaison internationale la Suède se présente comme un pays ayant une politique ouverte à l’égard des demandeurs d’asile même si les chiffres sont en baisse depuis quelques années.

Réformes récentes dans le domaine de la politique d’asile

Un certain nombre de réformes ont été mises en place récemment afin d’améliorer l’accueil des demandeurs d’asile et la qualité du traitement des dossiers. Ainsi une nouvelle loi sur l’immigration a été votée le 14 septembre 2005 dans le but de rendre la procédure d’obtention du permis de séjour plus transparente, plus rapide, plus simple et plus claire pour les intéressés. Suite à cette réforme le Comité d’Appel pour les Etrangers (Utlänningsnämnden), qui avait fait l’objet de beaucoup de critiques, a été supprimé et remplacé par trois tribunaux administratifs situés à Stockholm, Malmö et Göteborg (länsrätter) et par la Cour Suprême des juridictions administratives (Kammarrätten). En même temps la possibilité de faire un nombre quasiment indéfini de demandes a disparu. Désormais, la procédure spécifie que la personne désirant résider en Suède n’aura droit qu’à une seule demande assortie d’un appel, créant ainsi une fin clairement définie à la procédure de demande de permis de séjour.

Suite à l’entrée en vigueur de la loi temporaire sur l’asile mentionnée plus haut (cf. point 1) de nombreux demandeurs d’asile ont obtenu un titre de séjour permanent depuis novembre 2005. Au cours du premier trimestre 2006 les communes ont en effet accueilli autant de réfugiés que durant toute l’année 2005 soit presque 9 000 personnes.
D’une politique de l’immigration vers une politique de l’intégration

La politique suédoise d’intégration actuelle a été définie en 1997 dans une proposition du gouvernement votée au Parlement intitulée « Suède, futur et diversité – d’une politique d’immigration à une politique d’intégration ». Comme l’indique le nom la politique est désormais axée sur l’intégration des immigrés dans la société. Selon ce texte, la politique d’intégration doit encourager les personnes à se prendre en charge et à prendre part à la vie de la société, sauvegarder les valeurs démocratiques fondamentales, contribuer à l’égalité des droits et des chances pour les femmes et les hommes, et combattre la discrimination ethnique, le racisme et la xénophobie. Suite à cette réforme l’Agence de l’intégration a été créée comme l’instrument principal de la mise en œuvre de cette politique.

Financement de la politique de l’intégration

Dans son projet de loi des finances pour 2006 le gouvernement a accordé 1,76 milliards de couronnes (environ 189 millions d’euros) pour la politique de l’intégration qui comprend entre autres : promotion de l’égalité des chances pour tous, intégration des immigrés dans la société suédoise, la nationalité suédoise, compensation des communes pour l’accueil des réfugiés, mesures de prévention et de lutte contre la discrimination ethnique et religieuse, la xénophobie et le racisme, et des fonds versés à l’agence de l’intégration, le médiateur contre la discrimination ethnique (DO) et le comité contre la discrimination. La compensation versée aux communes pour l’accueil des réfugiés et d’autres immigrés constitue la plus grosse partie (1,52 milliards de SEK ou 163 millions d’euros).
• Organisation de l’accueil des nouveaux arrivants

L’agence de l’intégration définit chaque années les priorités et les objectifs en matière d’intégration basés sur les objectifs généraux formulés par le gouvernement. L’agence encourage les communes à mettre en place des programmes d’introduction adaptés aux besoins de chaque individu.

L’introduction comprend au minimum de l’enseignement de suédois dans le cadre du dispositif « suédois pour immigrés » (SFI), ouvert à tous les étrangers âgés de 16 ans et plus sans connaissance du suédois et enregistrés comme résidents d’une commune, mais l’objectif est de proposer aussi d’autres activités visant à aider la personne à trouver un emploi aussi rapidement que possible : stages, formations continues et professionnelles, éducation secondaire pour les adultes ayant un faible niveau d’études, participation à des programmes d’insertion professionnelles organisés par l’agence pour l’emploi, etc. Pour les immigrés ayant une formation professionnelle et/ou une expérience professionnelle antérieure le but est d’offrir une introduction et de l’enseignement du suédois sur le lieu du travail.

La durée de la période d’introduction est en principe deux ans au maximum, mais les personnes qui n’ont pas atteint un niveau acceptable de suédois après deux ans peuvent normalement continuer leur formation, parfois jusqu’à trois ans et demi. Au terme de la période d’introduction les immigrés sont considérés comme étant dans la même catégorie que les citoyens suédois, sans mesures spécifiques orientés vers eux. Ils peuvent alors participer aux mesures générales d’insertion professionnelle mises en place par l’agence pour l’emploi (stages, formations, assistance dans la recherche d’emploi, aides financières pour la création d’entreprise, etc.).

L’objectif du dispositif d’introduction est de fournir à la personne immigrée les connaissances et compétences nécessaires pour pouvoir subvenir à ses besoins et prendre part de la vie de la société. Ceci suppose des connaissances de la langue suédoise ainsi que sur le monde du travail suédois et le fonctionnement et les valeurs fondamentales de la société suédoise.

Le programme d’introduction s’adresse en premier lieu aux réfugiés et demandeurs d’asile ayant obtenu un titre de séjour ainsi qu’à leurs proches arrivés au titre du regroupement familial. Les communes peuvent toutefois choisir d’intégrer aussi d’autres groupes immigrés non inclus dans le dispositif de compensation par l’Etat.

Les réfugiés qui participe à un programme d’introduction peuvent toucher soit l’aide sociale soit une allocation d’introduction dont le montant varie d’une municipalité à l’autre (entre 350 et 800 EUR par personne par mois). Depuis 1994 les communes sont encouragées à verser cette allocation plutôt que l’aide sociale l’objectif étant de souligner le caractère particulière de cette aide (versée pour la première période d’installation en Suède et qui doit être sentie plus comme un salaire qu’une allocation) et d’éviter ainsi que l’aide sociale soit considérée comme la forme normale de subsistance pour les immigrés.

Droits économiques, sociaux et politiques des résidents étrangers et lutte contre les discriminations

Une fois enregistrés comme résidants dans une commune les immigrés bénéficient en principe des mêmes droits économiques et sociaux que les citoyens suédois. Ceci concerne l’accès aux prestations sociales, à l’emploi (à l’exception de certains métiers au sein de la police et l’armée par exemple), à l’éducation, au logement, etc. En ce qui concerne les droits politiques, les citoyens étrangers ont le droit de voter et de se présenter aux élections municipales et européennes (pour les ressortissants de l’UE).

Dans la pratique les immigrés ont toutefois des difficultés de s’établir sur le marché du travail (en 2004 le taux d’emploi des immigrés (personnes nées à l’étranger) âgés de 16 à 64 ans était de 59 % contre 75 % pour les personnes nées en Suède) ainsi que pour trouver un logement convenable autre que dans les zones avec une forte densité d’étrangers.

Afin de lutter contre la discrimination en matière de logement le gouvernement est en train d’étudier les possibilités de mettre en place un code éthique pour les société de logement communales. Un essai avec des CV anonymes dans le secteur public est également en cours. Dans le budget 2006 des fonds supplémentaires ont été alloués pour renforcer le rôle du DO ainsi que pour le développement des bureaux locaux d’anti-discrimination.

La loi sur la lutte contre la discrimination ethnique dans la vie du travail est entrée en vigueur le 1er mai 1999. D’après les dispositions de cette loi, l’employeur a la responsabilité d’instituer des objectifs mesurables et de prendre des mesures concrètes en faveur de la diversité ethnique sur le lieu du travail. Toute personne estimant qu’un employeur ne remplit pas ses obligations peut déposer plainte auprès du médiateur qui présentera des propositions de mesures à prendre. Le médiateur peut également, de lui-même, régler ces questions avec l’employeur. Si l’employeur n’accepte pas les propositions du médiateur, celui-ci peut se retourner vers la Commission contre la discrimination ethnique qui peut obliger l’employeur à prendre des mesures sous peine d’amende. La répression de la discrimination ethnique en dehors de la vie professionnelle est prévue par le Code pénal.

Les autres lois qui entrent en jeu sont la loi sur l’égalité du traitement des étudiants du 1er mars 2002 et la nouvelle loi interdisant la discrimination entrée en vigueur le 1er juillet 2003 et qui s’étend à de nombreux autres domaine que l’emploi et l’éducation.
Acquisition de la nationalité :

Un étranger qui en a fait la demande peut être accordée la nationalité suédoise à condition :
– d’avoir justifié de son identité,
– d’avoir 18 ans accomplis,
– de posséder un titre de séjour permanent en Suède,
– d’être domicilié en Suède
– depuis deux ans dans le cas d’un ressortissant danois, finlandais, islandais ou norvégien,
– depuis quatre ans dans le cas d’un apatride ou d’un individu considéré comme réfugié,
– depuis cinq ans dans les autres cas,
– d’avoir fait preuve d’une conduite conforme aux bonnes mœurs.

Même si toutes les conditions citées ci-dessus ne sont pas remplies un demandeur peut obtenir la nationalité par naturalisation :
– s’il a déjà eu la nationalité suédoise
– s’il est marié ou vit en concubinage avec une personne de nationalité suédoise ou
– s’il y a des circonstances particulières qui plaident en faveur de sa naturalisation.

Un demandeur qui n’est pas en mesure de justifier de son identité conformément aux dispositions citées ci-dessus, ne peut être naturalisé que s’il est domicilié en Suède depuis au moins huit ans et s’il a pu établir le caractère vraisemblable de l’identité qu’il prétend sienne.

Les enfants de moins de 18 ans peuvent obtenir la nationalité suédoise en même temps que leur père ou mère. Un enfant dont un des parents est suédois peut également obtenir la nationalité suédoise si les parents en font une demande.

Aucune connaissance particulière, linguistique ou autre, n’est à l’heure actuelle exigée pour l’acquisition de la nationalité suédoise.
Statut des institutions religieuses : représentativité et participation à la vie sociale et politique

La société suédoise se caractérise de plus en plus par la diversité religieuse, suite notamment à l’immigration massive des dernières décennies. Suite à une réforme en 2000 l’Eglise de Suède n’a plus un statut d’église d’Etat mais constitue une communauté religieuses plus libre avec une plus grande influence de la part de ses membres (environ 7 millions au total). Un des objectifs de cette réforme a été de donner un statut plus égalitaire aux différentes communautés religieuses du pays. Dans cette même optique l’Etat verse un soutien financier à une vingtaine d’institutions religieuses leur permettant de mener un travail actif à long terme contenant, outre le service religieux, des actions dans le domaine de l’éducation et du travail social notamment.

Il n’existe pas de statistiques officielles sur l’appartenance à différentes communautés religieuses mais selon les estimations de l’organisme en charge du versement des subventions de l’Etat, la communauté islamique compte environ 100 000 membres et la communauté juive un peu moins de 10 000 membres. Parmi les communautés religieuses « ethniques » les plus grandes l’on trouve entre autre l’église orthodoxe serbe avec environ 25 000 membres et l’église orthodoxe syrienne avec environ 30 000 membres.

Même si les communautés religieuses ne sont pas toujours très visibles dans le débat public elles ont naturellement un rôle important à jouer dans le travail de l’intégration et de lutte contre la xénophobie et la discrimination. Au printemps 2005 le Conseil chrétien de Suède a su créer un débat très vif en prenant l’initiative pour un appel exigeant une politique d’asile plus humaine et demandant l’amnistie pour tous les demandeurs d’asile déboutés résidant dans le pays. Cette opération a été lancée notamment suite à l’accroissement alarmant de cas d’apathie touchant les enfants de demandeurs d’asile. Une pétition signée par plus de 150 000 personnes et une soixantaine d’organisations et communautés religieuses différentes a été adressée à la ministre en charge de la politique d’asile Mme Barbro Holmberg. La ministre a déclaré que le gouvernement n’avait pas l’intention de changer sa politique, mais il est probable que cette initiative, baptisée « l’appel de Pacques », a en partie contribué à la décision de mettre en place une loi temporaire sur l’asile donnant à plus de personnes la possibilité de rester en Suède.

DEBATS DE SOCIETE RELATIFS A L’IMMIGRATION ET L’INTEGRATION

La Suède se considère comme une société multiraciale et multiculturelle qui ne peut que défendre des valeurs de solidarité avec les immigrés et les réfugiés. Les débats publics portent donc essentiellement sur l’amélioration de l’accueil des réfugiés (inclusion sociale, accueil sur le marché du travail). Selon un sondage de l’Agence de l’intégration 78 % des personnes interrogées se disent positives à l’égard d’une société multiculturelle.

Le sentiment que la politique de l’intégration a échoué est cependant fort parmi les classes politiques aussi bien que chez l’opinion publique. Tous les partis politiques s’accordent sur le fait que l’intégration passe en premier lieu par le travail. Le plus grand défi est ainsi de trouver des mesures efficaces pour une meilleure intégration des immigrés sur le marché du travail. Dans ce contexte il est probable que la question de l’intégration se profile comme un des thèmes électoraux les plus importants en vue des élections législatives du mois de septembre prochain. Les positions des différents partis à l’égard de la politique de l’immigration et de l’intégration peuvent être résumées de la façon suivante :

Les sociaux-démocrates, formation au pouvoir, sont favorables à une politique d’immigration régulée qui serait coordonnée avec celles des autres pays européens. En revanche le parti reste prudent en ce qui concerne l’immigration économique, considérant qu’il faut d’abord intégrer sur le marché du travail les personnes qui vivent déjà en Suède. Le parti a formulé comme ces principaux objectifs d’améliorer le dispositif d’introduction des immigrés, y compris le dispositif d’enseignement du suédois, de renforcer la législation contre la discrimination ethnique, de lutter contre la ségrégation en matière de logement et d’améliorer la procédure d’asile.

Le parti de Gauche (formation ex-communiste), qui participe à la majorité parlementaire sans être au gouvernement, recommande de réduire les inégalités sociales en favorisant l’égal accès pour tous au logement, à la formation, à l’emploi et aux loisirs, en insistant sur la lutte contre les discriminations, gage de réussite de l’intégration, tout en tenant compte des particularités de chacun. Il veut également donner aux demandeurs d’asile le droit aux soins à part entière et introduire l’enseignement bilingue à partir de l’école maternelle et jusqu’au lycée là où les besoins sont les plus importants.

Les libéraux et les Verts (majorité parlementaire) dénoncent, quant à eux, toute forme de restriction à la libre circulation des personnes et sont très largement favorables au libre établissement des étrangers en Suède.

Le parti libéral souhaite mettre en place une garantie d’activité pour tous les demandeurs d’asile et une garantie d’emploi et de développement pour toutes les personnes capables de travailler. Il veut renforcer la lutte contre la discrimination ethnique et augmenter la présence policière dans les zones difficiles. Il propose également la mise en place d’un test de suédois comme condition d’obtenir la nationalité suédoise.

Les Verts souhaitent limiter le temps d’attente concernant le droit de séjour à un an au maximum. Au cas où la procédure dure plus de temps l’intéressé devrait automatiquement obtenir un titre de séjour. Ils veulent aussi donner aux immigrés sans papier et clandestins le droit à tous les soins de santé et à la scolarité. Ils proposent l’introduction de plans de diversité dans toutes les entreprises ayant plus de dix employés et la mise en place de clauses d’anti-discrimination lors de la distribution de fonds publics. La ségrégation en matière de logement doit également être combattue. Le parti des Verts a par ailleurs été très actif lors de la négociation de la nouvelle loi donnant à plus de demandeurs d’asile la possibilité de rester en Suède.

Le parti conservateur soutient également l’immigration de la main d’œuvre et souhaite faciliter les procédures pour la délivrance des permis de travail et la validation des diplômes étrangers. Il propose que les demandeurs d’asile déboutés puissent avoir la possibilité de demander un titre de séjour temporaire pour travailler au lieu de devoir d’abord retourner dans leur pays d’origine. Il souhaite également supprimer les charges patronales pour les employeurs qui embauchent des réfugiés nouvellement arrivés ou les personnes arrivées au titre du regroupement familial. Etant d’avis que les autres partis ont des approches trop laxistes en matière d’intégration, les conservateurs proposent d’instaurer la possibilité d’annuler l’acquisition de la nationalité suédoise pour toute personne coupable d’un délit grave.

Les chrétiens-démocrates proposent quant à eux la mise en place de CV:s anonymes pour éviter la discrimination des demandeurs d’emploi étrangers et, afin de lutter contre la traite des êtres humains, l’introduction d’un dispositif de "visas d’urgence" que les réfugiés pourraient demander depuis l’étranger, par exemple auprès d’une ambassade. Ils souhaitent également donner à tous les nouveaux arrivés une famille ou une personne de contact, permettre aux demandeurs d’asile de travailler dès leur arrivée en Suède et mettre en place une commission pour étudier ce qui s’est passé avec les enfants traumatisés et souffrant d’apathie qui ont été expulsés jusqu’ici.

Le parti du centre met l’accent surtout sur l’emploi et la création d’entreprise en proposant la mise en place d’un partenariat entre employeurs, syndicats et décideurs afin d’améliorer l’intégration des immigrés sur le marché du travail, des mesures spécifiques afin de promouvoir l’entreprenariat parmi les personnes immigrées, l’amélioration du système de validation des diplômes et l’introduction d’un système permettant la demande d’un permis de travail sur place en Suède et l’octroi automatique d’un permis de travail lorsque l’intéressé dispose d’une offre d’emploi. Le parti souhaite aussi mettre en place un système de green card visant les personnes qui n’ont pas obtenu la promesse d’un emploi de la part d’un employeur mais qui ont les qualités nécessaires pour pouvoir trouver rapidement du travail, par exemple l’âge, les qualifications et l’expérience de travail appropriées.

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